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PRÉFACE
DU DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE DE VOLTAIRE
PRÉFACE
DE L'ÉDITEUR
Des
lettres du roi de Prusse, qui jusqu'à ce
jour n'ont pas été admises dans
les Oeuvres de Voltaire, à qui pourtant
elles sont adressées, donnent la date de
la composition des premiers articles du Dictionnaire
philosophique, et la fixent à 1751. Colini
ne la met cependant qu'à 1752. " Il
faut, dit-il, placer à cette année
le projet du Dictionnaire philosophique qui ne
parut que long-temps après. Le plan de
cet ouvrage fut conçu à Potsdam.
J'étais chaque soir dans l'usage de lire
à Voltaire, lorsqu'il était dans
son lit, quelques morceaux de l'Arioste ou de
Bocace : je remplissais avec plaisir mes fonctions
de lecteur, parcequ'elles me mettaient à
même de recueillir d'excellentes observations,
et me fournissaient une occasion favorable de
m'entretenir avec lui sur divers sujets. Le 28
septembre il se mit au lit fort préoccupé
: il m'apprit qu'au souper du roi on s'était
amusé de l'idée d'un Dictionnaire
philosophique, que cette idée s'était
convertie en un projet sérieusement adopté,
que les gens de lettres du roi et le roi lui-même
devaient y travailler de concert, et que l'on
en distribuerait les articles, tels que Adam,
Abraham, etc. Je crus d'abord que ce projet n'était
qu'un badinage ingénieux inventé
pour égayer le souper ; mais Voltaire,
vif et ardent au travail, commença dès
le lendemain (Mon séjour auprès
de Voltaire, page 32.)"
Les
détails donnés par Colini sont tellement
précis, qu'on est tenté de penser
que les lettres du roi de Prusse auront été
mal datées dans les copies que j'ai sous
les yeux.
L'ouvrage
ne parut cependant qu'en 1764 (D'après
la lettre de Voltaire à Damilaville, du
13 juillet 1764, on peut croire que le Dictionnaire
philosophique venait d'être publié.)
sous le titre de Dictionnaire philosophique portatif,
en un volume in-8°, que Voltaire désigne
quelquefois sous le seul nom de Portatif. Une
nouvelle édition in-8°, augmentée
de huit articles, vit le jour en décembre
1764, mais avec la date de 1765, date sous laquelle
je citerai cette édition, qui fut bientôt
reproduite en un seul volume petit in-8° ;
l'édition de 1765, en deux volumes in-12,
est augmentée de seize nouveaux articles.
Cependant
le parlement de Paris, par arrêt du 19 mars
1765, condamna au feu le Dictionnaire philosophique
; et le 8 juillet de la même année,
la congrégation de l'Index, à Rome,
le proscrivit : c'était autant d'éléments
de succès de plus. De nouvelles additions
furent faites à l'édition de 1767,
en un seul volume in-8° de 580 pages, et d'autres
encore à l'édition de 1769, en deux
volumes in-8°, sous le titre de : La Raison
par alphabet, sixième édition revue,
corrigée et augmentée par l'auteur
(Je crois que cette édition de 1769 est
la première sous le titre de : La Raison
par alphabet. Pour la porter à deux volumes,
on a réimprimé, à la fin
du second, l'A, B, C (Voyez les Mélanges,
année 1768) en dix-sept dialogues qui occupent
plus de 140 pages.).
L'édition
de 1767, aussi intitulée sixième
édition (C'est à l'occasion de cette
édition que Voltaire écrivait à
d'Alembert, le 19 juin 1767, que l'ouvrage paraissait
en Hollande, tête levée)(C'est à
l'occasion de cette édition que Voltaire
écrivait à d'Alembert, le 19 juin
1767, que l'ouvrage paraissait en Hollande, tête
levée), était augmentée de
trente-sept articles qui ont été
imprimés séparément in-8°
pour supplément à l'édition
de 1765 de même format. Le frontispice de
l'édition de 1770, deux parties in-8°,
porte : Dictionnaire philosophique ou la Raison
par alphabet, septième édition revue,
etc. Une partie seulement des articles, formant
alors le Dictionnaire philosophique, a été
reproduite, soit en 1775, dans l'édition
encadrée, tome XXXVIII (1er des Pièces
détachées attribuées à
divers hommes célèbres), soit en
1777, dans l'édition in-4°, tome XXVIII
; et dans toutes les deux, sous la rubrique de
: Fragments sur divers sujets par ordre alphabétique.
Une réimpression de 1776 a pour titre :
La Raison par alphabet, ou supplément aux
Questions sur l'Encyclopédie, attribué
à divers hommes célèbres,
dixième et dernière édition,
revue, corrigée et augmentée par
l'auteur, in-8° de 359 pages. (Il est assez
singulier qu'on présente comme Supplément
aux Questions sur l'Encyclopédie, qui ont
paru de 1770 à 1772, un ouvrage publié
long-temps avant.)
Il y a loin de là aux sept volumes au plus
de 3500 pages que remplit aujourd'hui le Dictionnaire
philosophique. Cette augmentation est le résultat
des dispositions des éditeurs de Kehl,
qui, ainsi qu'ils le disent dans leur Avertissement
7, ont fait un seul ouvrage de plusieurs, en refondant
dans le Dictionnaire philosophique :
1°
Les Questions sur l'Encyclopédie ;
2° L'Opinion par alphabet ;
3° Les Articles insérés dans
l'Encyclopédie ;
4° Plusieurs articles destinés par
l'auteur au Dictionnaire de l'Académie
;
5° Un grand nombre de morceaux publiés
depuis plus ou moins long-temps.
Les
Questions sur l'Encyclopédie parurent de
1770 à 1772, en neuf volumes in-8°.
Les
trois premiers sont datés de 1770, et contiennent
jusqu'au mot CIEL DES ANCIENS ; le quatrième,
qui vit le jour en 1771, commence par l'article
CICÉRON ; les 5e, 6e, 7e et 8e sont de
la même année ; le dernier mot est
SUPPLICE. Enfin le 9e, commençant par la
troisième section du mot SUPERSTITION,
et qui, outre la fin de l'alphabet, contient un
Supplément et une réimpression des
Lettres de Memmius à Cicéron (voyez
les Mélanges, année 1771), porte
la date de 1772. Voltaire doit ne pas avoir été
étranger à une réimpression
aussi en neuf volumes in-8°, commencée
en 1771, date sous laquelle je l'ai citée,
réimpression dans laquelle parut l'Addition
de l'éditeur qui fait partie de l'article
ANA, page 313-318 du présent volume. L'édition
in - 4° de 1774 contient des augmentations.
Quelques personnes ont cru que les Questions sur
l'Encyclopédie n'étaient qu'une
nouvelle édition du Dictionnaire philosophique.
Voltaire n'avait reproduit dans les Questions
qu'un petit nombre d'articles du Dictionnaire.
A cela près, les deux ouvrages n'ont de
commun que la distribution par ordre alphabétique.
Je
ne puis dire précisément de quoi
se composait l'Opinion par alphabet que Voltaire
avait laissée en manuscrit. Il en est de
même des articles qui étaient destinés
pour le Dictionnaire de l'Académie française.
Ce
n'était pas assez d'avoir brûlé
le Dictionnaire philosophique, le 19 mars 1765.
On mit cet ouvrage sur le bûcher qui consuma
les restes du chevalier de La Barre (Lettre de
d'Alembert, du 16 juillet 1766.), le 1er juillet
1766 : voyez dans les Mélanges, année
1766, la Relation de la mort du chevalier de La
Barre.
Les
critiques ne furent pas moins acharnés
contre ce livre. Les rédacteurs du Monthly
Review appelaient l'auteur inconsidéré,
dissolu, déréglé, infame.
En France, Larcher le traitait de bête féroce.
L'abbé
Chaudon est le principal auteur du Dictionnaire
antiphilosophique, pour servir de commentaire
et de correctif au Dictionnaire philosophique
et aux autres livres qui ont paru de nos jours
contre le christianisme ; Avignon, 1767, in-8°
; 1769, 2 volumes in - 8° ; 1772, 2 volumes
in-8°, et dont la dernière édition,
1785, 2 volumes in-8°, est intitulée
Anti-Dictionnaire philosophique, etc., 4e édition,
corrigée, considérablement augmentée
et entièrement refondue sur les mémoires
de divers théologiens. Les diverses éditions
de l'ouvrage de Chaudon contiennent l'arrêt
du parlement du 19 mars 1765 et le réquisitoire
d'Omer Joly de Fleury (Le rapporteur était
Marie-Joseph Terray, qui fut depuis contrôleur
général des finances. L'arrêt
qui condamnait au feu le Dictionnaire philosophique,
y condamnait aussi les Lettres écrites
de la montagne, par Jean-Jacques Rousseau.) ;
mais l'édition de 1767 est la seule où
l'on trouve quelques pièces relatives à
la condamnation de plusieurs livres, et la Lettre
du R. P. Routh, jésuite, à monseigneur
Gualterio, nonce de Sa Sainteté, à
Paris (sur la catholicité et les derniers
moments de Montesquieu). On a quelquefois confondu
l'ouvrage de Chaudon avec celui de Nonotte dont
je parlerai plus bas.
L'abbé
François s'escrima en même temps
contre deux ouvrages de Voltaire, en publiant
ses Observations sur la Philosophie de l'histoire
et sur le Dictionnaire philosophique, avec des
réponses à plusieurs difficultés
; 1770, 2 volumes in-8°.
L'abbé
Paulian donna la même année son Dictionnaire
philosopho-théologique portatif ; 1770,
un volume in-8°. Les éditeurs de Kehl,
dans une note sur le chapitre XIII de l'Homme
aux quarante écus, ont confondu cet ouvrage
avec celui de Chaudon.
L'abbé Nonotte fit paraître, en 1772,
un Dictionnaire philosophique de la religion,
où l'on établit tous les points
de la religion attaqués par les incrédules,
et où l'on répond à toutes
leurs objections, 4 volumes in - 12.
Ce
n'est point par l'aménité que se
distinguent les critiques de ces quatre abbés,
tandis que c'est avec beaucoup de modestie et
d'honnêteté que des opinions de Voltaire
sont combattues dans les Remarques sur un livre
intitulé : Dictionnaire philosophique portatif,
par un membre de l'illustre société
d'Angleterre pour l'avancement et la propagation
de la doctrine chrétienne ; Lausanne, 1765,
in-12.
La
date de ces cinq écrits indique assez qu'ils
portent sur le Dictionnaire philosophique dans
sa forme primitive, c'est-à-dire tel qu'il
était en 1764 et années suivantes.
C'est sur l'ouvrage dans la forme qui lui a été
donnée par les éditeurs de Kehl
que portent les Observations philosophiques sur
le Dictionnaire philosophique de Voltaire, par
G. Feydel, 1820, in - 12, dont il n'a paru que
les quarante-huit premières pages, qui
viennent jusques à ABUS DES MOTS inclusivement.
C'était
dans leur Dictionnaire philosophique que les éditeurs
de Kehl avaient placé la plupart des Lettres
philosophiques, ou sur les Anglais : je les ai,
en 1817, rétablies en corps d'ouvrage et
dans leur forme primitive ; on les trouvera dans
les Mélanges, à l'année 1734.
On
ne peut guère prendre le même parti
pour le Dictionnaire philosophique tel qu'il était
originairement, c'est-à-dire de 1764 à
1769, et pour les Questions sur l'Encyclopédie.
Les
deux ouvrages étant de même nature
et rangés dans le même ordre, le
lecteur, si on les séparait aujourd'hui,
serait souvent embarrassé dans ses recherches.
Mais en conservant la fusion des deux ouvrages,
j'ai cru utile de donner la date de la publication
de chaque article, et j'ai fait la même
chose pour tous les autres morceaux qui composent
aujourd'hui le Dictionnaire philosophique. Si
l'on excepte les articles de la lettre T, qui,
la plupart, étaient évidemment destinés
pour le Dictionnaire de l'Académie, il
n'y a, dans les sept volumes, qu'environ quarante
articles dont je ne donne pas la date. Il est
à croire que la plupart, sinon tous, sont
posthumes et appartenaient à l'Opinion
par alphabet.
J'ai
déplacé quelques articles ; mais,
toutes les fois que je l'ai fait, une note indique
à quel endroit on trouvera les morceaux
déplacés.
Deux
morceaux seulement ont été ajoutés
dans cette édition de 1829. Ce sont : 1°
l'article GÉNÉREUX ; 2° un supplément
à l'article QUISQUIS, que je tiens de feu
M. Decroix, l'un des éditeurs de Kehl.
J'ai
admis un assez grand nombre de variantes. Les
plus remarquables sont aux articles ÉGALITÉ,
FONTE, GUERRE. Celle de la fin de l'article FONTE
est d'autant plus importante qu'elle sert à
expliquer un passage de la lettre de Voltaire
à d'Alembert, du 19 auguste 1770.
Wagnière,
dont on trouvera le nom dans quelques notes, a
été secrétaire de Voltaire
pendant plus de vingt ans : il était entré
chez lui en 1754, et y resta jusqu'à la
mort du patriarche. (On a publié des Mémoires
sur Voltaire et sur ses ouvrages, par Longchamp
et Wagnière, ses secrétaires ; 1826,
2 volumes in-8°.)
Les
notes sans signature, et qui sont indiquées
par des lettres, sont de Voltaire.
Les
notes signées d'un K sont des éditeurs
de Kehl, MM. Condorcet et Decroix. Il est impossible
de faire rigoureusement la part de chacun.
Les
additions que j'ai faites aux notes de Voltaire
ou aux notes des éditeurs de Kehl en sont
séparées par un -, et sont, comme
mes notes, signées de l'initiale de mon
nom.
BEUCHOT.
1er
avril 1829
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