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PRÉFACE
DU DICTIONNAIRE DES SYNONYMES DE GUIZOT
NOUVEAU
DICTIONNAIRE UNIVERSEL DES SYNONYMES DE LA LANGUE
FRANÇAISE,
Contenant les Synonymes de GIRARD, BEAUZÉE,
ROUBAUD, D'ALEMBERT, etc., et généralement
tout l'ancien Dictionnaire, mis en meilleur ordre,
corrigé, augmenté d'un grand nombre
de nouveaux SYNONYMES, et précédé
d'une Introduction,
PAR M. F. GUIZOT.
AVERTISSEMENT
DE L'EDITEUR
En
offrant au public un nouveau Dictionnaire universel
des Synonymes de la langue française, je
ne prétends pas nier le mérite de
l'ancien : deux éditions attestent son
utilité. Je n'ai eu pour but que de perfectionner
le travail de mes prédécesseurs,
en y apportant plus de soin et en y faisant des
additions considérables.
Quels
qu'aient été mes efforts, je suis
loin de regarder ce nouvel ouvrage comme complet;
je ne crois pas qu'un Dictionnaire des Synonymes
puisse jamais l'être; mais il fallait se
borner. De plus de cent cinquante articles ajoutés
à ceux que contient l'ancien recueil, quelques
- uns avaient déjà été
publiés ailleurs; les autres sont de moi
: j'ai choisi les mots qui m'ont paru le plus
véritablement synonymes, ceux dont il est
plus aisé de confondre, et par conséquent
plus utile de distinguer les nuances.
Quelque
justesse que je me sois appliqué à
mettre dans ces nouveaux synonymes, ce n'est assurément
pas sur cette partie de mon travail que je fonde
l'opinion que je puis avoir des avantages du Dictionnaire
que je publie; mais je crois qu'il peut m'être
permis d'insister sur le soin et l'exactitude
que j'ai apportés dans sa composition générale.
Parmi les articles dont il est formé, ceux
de Roubaud exigeaient des retranchements considérables
: développés avec une sorte de diffusion
et de prolixité, surchargés d'étymologies,
la plupart hasardées et inutiles, ils enveloppent
trop souvent d'une abondance superflue les idées
heureuses qui en font la base.
Les
éditeurs de l'ancien Dictionnaire avaient
senti la nécessité d'élaguer
ce luxe embarrassant d'explications et d'exemples;
mais il fallait un choix, et c'est ce choix qui
ne m'a pas paru dicté par le goût
convenable. J'ai donc refait en totalité
et sur un nouveau plan cette partie du Dictionnaire.
J'ai regretté de ne pouvoir conserver les
étymologies, dont quelques - unes au moins
pouvaient présenter une utilité
grammaticale; mais dans un ouvrage de ce genre,
ce qui n'est pas d'un intérêt général
est déplacé; je n'ai donc inséré
d'entre les étymologies de Roubaud que
celles qui étaient absolument nécessaires
au développement de ses idées; et
quant à ses recherches, souvent ingénieuses,
quelquefois hasardées, sur les terminaisons
des mots, l'Introduction, ou je les ai réunies,
suppléera aux retranchements que j'ai été
obligé de faire dans le corps de l'ouvrage.
Quant
aux synonymes de l'abbé Girard, les éditeurs
de l'ancien Dictionnaire en avaient supprimé
quelques-uns; j'ai cru devoir les insérer
tous. J'ai rétabli presque tous les passages
qui avaient été omis : si j'ai laissé
subsister quelques-uns des anciens retranchements,
c'est dans un très-petit nombre d'articles.
Il
ne me reste qu'un mot à ajouter sur ce
Recueil : quelque mérite qu'aient à
mes yeux les auteurs dont les travaux sont ici
rassemblés, je ne partage pas toutes leurs
opinions; les distinctions qu'ils assignent entre
les mots me paraissent quelquefois inutiles, hasardées
ou même fausses. Mais j'ai prétendu
faire un Dictionnaire des synonymes, et non pas
un ouvrage sur les synonymes; chaque auteur répond
ici de son travail, et chacun est désigné
par la majuscule initiative de son nom :
ainsi
la lettre G. désigne Girard.
R.
Roubaud.
B. Beauzée.
d'Al. d'Alembert.
F. G. F. Guizot, éditeur.
Anon. Anonyme, etc.
AVERTISSEMENT
DE L'EDITEUR
L'Introduction
dont j'ai fait précéder le Dictionnaire
n'est qu'un Essai fort court, ou j'ai essayé
de développer rapidement la théorie
des synonymes : s'il peut offrir quelque utilité
à ceux qui s'occupent de cette intéressante
partie de la langue, mon but sera entièrement
rempli.
L'ÉDITEUR.
INTRODUCTION
Ce
n'est pas d'après le nombre des mots qu'il
faut calculer la richesse d'une langue, mais d'après
celui de leurs valeurs et des idées qu'ils
expriment. Cette vérité vulgaire
suffit pour faire sentir l'importance de l'étude
des synonymes.
Le
caractère de la langue française
donne encore pour nous un degré de plus
à cette importance. Peu riche par le nombre
des mots, notre Dictionnaire doit suppléer
à cette indigence par la variété
des significations. Un mot susceptible de trois
acceptions est l'équivalent de trois mots;
il ne s'agit que de déterminer positivement
la différence de ces acceptions; cette
détermination ajoute aux ressources de
la langue par des distinctions fines, mais toujours
vraies.
Les
synonymes, d'après une étymologie
rigoureuse, sont des termes qui ont le même
sens : on a modifié cette acception, et
on appelle synonymes les termes dont le sens a
de grands rapports, et des différences
légères, mais réelles.
Les
rapports frappent au premier coup-d'oeil; c'est
à saisir les différences qu'il faut
s'appliquer.
Le
premier pas à faire vers ce but, est de
fixer avec exactitude le sens propre de chaque
mot, considéré d'une manière
absolue et indépendante: il sera facile
ensuite d'assigner les modifications que ce sens
peut recevoir; il ne restera plus alors qu'à
comparer le sens propre des mots et leurs modifications
pour découvrir clairement la diversité
de leurs significations primitives et accessoires.
Pour
déterminer le sens propre d'un mot, il
faut le considérer sous deux points de
vue; l'un logique, l'autre grammatical : quant
au premier, l'analyse des idées dont le
sens du mot se compose est le guide qu'il faut
suivre; pour le second, l'examen de son étymologie
est le principal moyen à employer.
L'analyse
des idées constitutives d'un mot a pour
résultat une bonne définition; c'est
donc par cette définition que doivent commencer
tous les synonymes : elle se fait en rassemblant
les diverses acceptions dont le mot est susceptible
dans la langue, en voyant ce qu'elles ont entre
elles de commun, et en prenant l'idée qui
se retrouve dans toutes pour le sens propre du
mot.
"
Définissons les termes, dit l'abbé
Roubaud, tirons de leurs définitions leurs
différences, et justifions - les par l'usage.
"
L'étymologie
apprend aussi à connaître le sens
primitif, et par conséquent le sens propre
des termes. Je ne répéterai pas
que si les erreurs où sont tombés
quelques savants en s'occupant de ce genre de
recherches, si les vains systèmes qu'ils
ont rêvés, ont pu décrier
l'étymologie auprès de ceux qui
sont plus frappés d'un tour de force ridicule
que de cent vérités découvertes,
il n'en est pas moins vrai qu'elle est le seul
flambeau à la lumière duquel on
puisse étudier les langues, et surtout
les rapports de synonymie qui existent entre les
mots. Si l'abbé Roubaud, qui en avait senti
l'importance, s'est laissé aller quelquefois
à des hypothèses sans fondements,
c'est qu'il voulait, comme plusieurs Philologues,
trouver tout dans les débris du Celte,
et tirer du langage d'une peuplade toutes les
langues modernes : son exemple montre un écueil
à éviter, et ne fait aucun tort
à l'étymologie en général,
dont il a d'ailleurs profité souvent avec
finesse et vérité.
Il
est une espèce d'étymologie plus
claire et moins incertaine que les autres, dont
on se sert avec succès dans l'étude
des synonymes; je veux parler de celle des onomatopées.
Les
onomatopées sont des mots qui rappellent
par leurs sons l'objet ou l'action qu'ils désignent.
Les langues, dans leur origine, n'ont dû
être composées que d'onomatopées,
et il en reste encore plus qu'on ne le croit vulgairement.
Cette qualité seule, reconnue dans un mot,
ne laisse aucun doute sur son sens propre; elle
lui donne, pour ainsi dire, un corps, en l'unissant
d'une manière inséparable avec son
objet : le signe devient l'image fidèle
du signifié, et se trouve distingué
par lui-même de ses synonymes.
Parmi
les autres moyens que l'on peut employer pour
reconnaître la signification primitive des
mots, le plus remarquable est celui que fournit
leur terminaison.
Comme
les langues se sont formées avec plus de
régularité qu'on n'est d'abord tenté
de le croire, il est aisé de voir que les
mots (les noms, par exemple) sont susceptibles
d'être rangés, d'après leur
terminaison, sous diverses classes essentiellement
distinctes : ainsi la terminaison "eur"
désigne en général celui
qui agit, compétiteur, agriculteur, etc.;
la terminaison "ion" indique l'action
de faire, suspension, sédition, etc.; la
terminaison "té" marque l'état
où se trouve celui qui agit. L'inaction,
par exemple, est l'acte de ne rien faire, de rester
inactif, tandis que l'oisiveté est l'état
de celui qui ne fait rien. Ces distinctions une
fois établies, déterminent sur le
champ, du moins sous certains rapports, le sens
propre des mots.
La
comparaison de notre langue avec le latin dont
elle dérive, et avec les langues vivantes,
surtout avec celles qui, nées de la même
source, ont suivi à peu près la
même marche dans leurs progrès, peut
encore ne pas être inutile. Comme il arrive
souvent que de deux mots synonymes, le premier
est emprunté à une langue, le second
à une autre, il importe de connaître
leur sens dans la langue originaire, afin de savoir
quelle est leur acception propre dans la nôtre
: je prendrai pour exemple les synonymes bannir,
exiler. Le premier vient de l'ancien mot allemand
bann, qui signifia d'abord ce qui gênait
la liberté d'un homme, désigna dans
la suite l'acte de l'autorité judiciaire
par lequel un homme était privé
de sa liberté, exclu d'une communauté
civile ou religieuse, et s'appliqua enfin à
cette exclusion même qui était toujours
le résultat d'une condamnation juridique.
Exiler vient du latin exsilium (exsilire, qui
veut dire simplement sauter dehors). Exsilium,
dit Cicéron, non supplicium est, sed perfugium
portusque supplicii : " L'exil n'est pas
une condamnation, mais un refuge, un port contre
elle. " (Orat. pro Coecina, 100. 34.) A la
vérité, les Latins connaissaient
aussi l'exil judiciaire; mais, dans son sens primitif,
l'exilé était simplement celui qui
se trouvait contraint, par un motif quelconque,
de vivre loin de sa patrie; tel est aussi le sens
dans lequel nous avons emprunté ce mot
du latin, et c'est sur cette différence
d'origine que repose la distinction établie
par l'abbé Roubaud entre exiler et bannir.
" Le bannissement, dit-il, est la peine infamante
d'un délit jugé par les tribunaux;
l'exil est une disgrâce encourue sans déshonneur,
pour avoir déplu : l'exil vous éloigne
de votre patrie, de votre domicile; le bannissement
vous en chasse ignominieusement.... Ainsi on ne
se bannit pas, on s'exile soi-même, etc.
"
Cet
exemple suffit pour montrer que l'on peut, souvent
avec fruit, appeler à son secours la connaissance
des langues étrangères; mais c'est
un moyen dont il ne faut user qu'avec circonspection.
En passant d'une langue à une autre, les
mots changent, pour ainsi dire, de patrie; leur
ancienne figure, leur première signification
s'altèrent et se décomposent : ce
serait donc à tort qu'on voudrait tirer
de leur origine des inductions positives; c'est
un guide qu'on peut consulter, mais qu'on ne doit
pas toujours suivre.
Ajouterai-je enfin que pour déterminer
avec justesse le sens propre des termes, il faut
connaître l'histoire des moeurs, des usages
de la nation qui les emploie, et de celle à
qui ils ont été empruntés
? La langue est intimement liée avec les
habitudes, les principes de ceux qui la parlent;
elle en dépend comme l'image dépend
de l'objet, comme le signe dépend du signifié
: cette liaison, moins sensible lorsque la grammaire
formée et perfectionnée s'est mise
en quelque sorte à l'abri de la variation
des opinions, ne laisse pas d'avoir toujours une
influence réelle. Que l'on suive l'histoire
de la langue française depuis François
1er jusqu'à nos jours, en la comparant
avec celle de nos moeurs et de nos coutumes, on
sera frappé de leur conformité :
nous verrons notre langue, revêtue d'abord
d'un caractère de franchise et de naïveté
chevaleresque, perdre de sa simplicité
à mesure que disparaissait celle de nos
idées, pour gagner en urbanité et
en sagesse proportionnément aux progrès
de la civilisation. Hérissée, sous
Louis XIII, des pointes et des jeux d'esprit qui
faisaient les délices de ce temps, elle
prit une tournure pleine de prétention
et de subtilité, qu'elle échangea
bientôt, sous Louis XIV, contre un caractère
de noblesse, d'élégance et d'ostentation
conforme à celui de ce siècle. Le
siècle suivant lui donna plus de clarté
: elle était formée, il la fixa,
mais en laissant encore sur elle l'empreinte de
l'esprit qui régnait alors. " Ce serait,
a-t-on dit, une chose assez curieuse à
savoir, pour l'histoire des moeurs, que l'histoire
des mots " : il n'est pas moins curieux pour
l'histoire des mots de connaître celle des
moeurs. Cette influence réciproque des
usages et des opinions sur le langage, et du langage
sur la direction et le progrès des connaissances,
s'étend plus loin qu'on ne le suppose au
premier coup-d'oeil.
Elle
n'est donc pas à dédaigner pour
la détermination du sens propre des synonymes;
mille exemples le prouvent. Ainsi le mot llibertin
ne désigna probablement d'abord que ceux
qui faisaient usage de leur liberté. Pendant
le siècle de Louis XIV, on l'appliqua aux
hommes trop libres dans leurs opinions politiques
et religieuses. Mme. de Motteville, dans ses Mémoires,
se plaint des esprits libertins qui décrient
le gouvernement. Orgon, dans le Tartuffe, dit
en parlant de Valère :
Je
le soupçonne encor d'être un peu
libertin;
Je ne remarque pas qu'il hante les églises.
Il
était donc à peu près synonyme
d'esprit fort, incrédule, noms d'invention
plus récente.
Lorsque, sous la régence, la corruption
des moeurs fut devenue le caractère de
la société, on n'appela plus libertins
que ceux qui se piquaient de penser librement
sur les devoirs à observer dans le commerce
des femmes, et ce mot devint synonyme de licencieux,
débauché, etc. Ce dernier sens lui
reste aujourd'hui, mais on voit quels changements
lui a fait subir l'altération progressive
des principes. Le mot preude a éprouvé
le même sort : preude femme signifiait autrefois
une femme vertueuse et prudente, comme preud'homme
signifiait un homme sage et vertueux. Quand les
moeurs se relâchent, la vertu est souvent
traitée d'hypocrisie : aussi, dans les
temps modernes, le mot prude n'a-t-il plus désigné
qu'une sagesse, une vertu affectée; il
a cessé d'être un titre honorable
et s'est trouvé lié par des rapports
de synonymie avec des termes dont jadis il était
bien éloigné.
On
voit, d'après cela, quelles ressources
peut fournir la connaissance des moeurs et des
habitudes de la nation aux diverses époques
de son histoire : on en profitera d'abord pour
établir le sens propre des mots, et ensuite
pour découvrir les modifications qu'ils
ont subies. Ce second travail n'est pas le moins
essentiel : chaque modification met un mot en
contact avec de nouveaux synonymes, et lors même
qu'elle tombe en désuétude, le mot
en conserve l'empreinte; quelque positif que soit
le sens qui lui est définitivement assigné,
il lui reste toujours quelque chose des diverses
acceptions qu'il a reçues; ce sont des
nuances que l'on ne doit jamais négliger
: on apprendra à les connaître dans
deux sources principales, l'usage écrit
et l'usage parlé.
L'usage
écrit se détermine d'après
l'emploi qu'ont fait des termes les auteurs classiques
de la langue. On n'a pas assez fait sentir encore
la nécessité d'appuyer les distinctions
établies entre les mots synonymes sur des
exemples tirés des grands écrivains;
c'est le seul moyen d'assurer une autorité
reconnue à des distinctions précaires
tant qu'elles ne sont fondées que sur un
avis isolé. Non seulement celui qui suivra
cette marche donnera de la solidité à
son travail, il découvrira de plus une
infinité de modifications à travers
lesquelles ont passé les termes dans les
ouvrages de différents genres et de divers
temps. Les bons auteurs sont les témoins
irrécusables des variations de la langue;
ils lui en font subir eux - mêmes que leur
nom seul fait adopter; eux seuls peuvent nous
apprendre à les connaître.
Cette
étude est d'autant plus importante, que
nous voyons quelquefois le même mot employé
par certains auteurs dans une acception différente
de celle qui lui a été donnée
par d'autres, et lié ainsi à diverses
familles de synonymes : cela est arrivé
surtout à l'époque où la
langue s'est fixée. L'expression d'honnête
homme nous en offrira un exemple frappant : dans
Saint-Evremond, elle est constamment synonyme
de celle d'homme de bon ton, de bonne compagnie
: dans ce sens, il appelle Pétrone un des
plus honnêtes hommes du monde; c'était
même ainsi qu'on l'entendait dans la société.
Cependant Boileau a pris honnête homme pour
synonyme d'homme vertueux, lorsqu'il a dit que
Lucilius, dans ses satires :
Vengea
l'humble vertu de la richesse altière,
Et l'honnête homme à pied du faquin
en litière.
Aujourd'hui
l'expression d'honnête homme n'est susceptible
que de l'acception adoptée par Boileau;
celle d'homme honnête ne semble pas éloignée
du sens que Saint-Evremond donnait à la
première; et cependant celle-ci doit avoir
conservé quelque chose de son ancienne
signification, puisque l'abbé Roubaud a
considéré honnête homme et
homme honnête comme étant encore
synonymes.
J'ai insisté sur cet exemple, pour montrer
la nécessité d'étudier chez
nos auteurs eux-mêmes, seuls régulateurs
et seuls juges de l'usage écrit, les modifications,
soit simultanées, soit successives, que
le sens propre des mots a pu ou peut encore admettre.
Quant
à l'usage parlé, on vient de voir
qu'il n'est pas toujours d'accord avec l'usage
écrit; c'est une raison de plus pour ne
pas le négliger. Il est d'ailleurs une
infinité de mots qui sont plutôt
du ressort de la conversation que de celui du
style, et dont les modifications nous sont connues
uniquement par la tradition, de quelque manière
qu'elle arrive jusqu'à nous. Cet usage,
plus arbitraire et plus passager que l'usage écrit,
parce que celui-ci devient une règle dès
qu'il est consacré dans les livres classiques,
est plus difficile à reconnaître;
il faut en chercher les traces chez les poètes
comiques, dans les correspondances et dans les
mémoires des contemporains.
On
observera que je n'ai encore parlé que
de l'usage des temps antérieurs au nôtre;
celui-ci cependant ne paraît pas devoir
être oublié : peut-on s'en servir
avec fruit dans l'étude des synonymes ?
Il
est aisé de sentir que nous ne pouvons
avoir d'usage écrit moderne; il n'appartient
qu'aux auteurs classiques de le former, et les
auteurs ne deviennent classiques dans la langue
que lorsque la postérité les a honorés
de ce titre; elle a le droit de juger ceux dont
les exemples doivent faire règle pour elle.
Quel que soit donc le mérite de nos contemporains,
il ne faut user de leur autorité qu'avec
une grande circonspection, dussions-nous d'ailleurs
les prendre pour modèles dans nos propres
ouvrages.
Il
n'en est pas ainsi de l'usage parlé : incertain
et fugitif, il n'a sur la postérité
aucune influence positive; l'histoire de la langue
est le seul rapport sous lequel il puisse l'intéresser.
Formé presque au hasard, fondé souvent
sur des motifs de peu de valeur, il n'oblige que
les contemporains, qui eux-mêmes en sont
plutôt les témoins que les juges;
c'est à eux de transmettre aux générations
à venir les modifications qu'il fait subir
aux mots, puisqu'elles sont des règles
pour eux, et ne seront peut-être pour elles
que des faits isolés et sans pouvoir. Celui
qui s'occupe de la synonymie des mots doit donc
y avoir égard; et cette précaution
est d'autant plus nécessaire, que, ne pouvant
prévoir les variations que subira la langue,
il écrit essentiellement pour ses contemporains.
Tels
sont les principaux moyens à prendre pour
déterminer la signification propre des
mots et les modifications dont elle est susceptible,
en examinant chacun d'eux d'une manière
indépendante, abstraction faite de tout
synonyme et de toute comparaison. C'est par-là
que doit commencer notre travail. Après
l'avoir considéré sous ce premier
point de vue, j'arrive au moment où finissent
ces opérations préliminaires; le
sens propre des divers synonymes est fixé;
leur histoire, leurs alternatives sont connues,
il ne reste plus qu'à les rapprocher, à
les comparer, à les adapter, pour ainsi
dire, les uns aux autres, afin de voir par quels
points ils ne se touchent pas, quelles nuances
les distinguent, et quelles conséquences
en résultent pour l'emploi qu'on peut en
faire.
La question la plus importante qui se présente
dans l'examen des principes généraux
qui doivent présider à ce travail,
est celle de savoir quelles sont les conditions
nécessaires pour que des mots soient synonymes
? La plupart de nos auteurs ont attaché
à ces conditions peu d'importance; ils
les ont laissées dans le vague; l'usage
seul leur a servi de guide et souvent même
ils l'ont abandonné pour établir
des rapports de synonymie et des distinctions
entre des mots si différents, que personne
ne se serait avisé de les confondre. Les
uns n'ont cherché qu'à faire briller
leur esprit, les autres ont voulu développer
des étymologies favorites. Le moindre inconvénient
qui résulte de là est la perte d'un
travail sans fruit, puisqu'il est sans nécessité.
Nous
avons appelé synonymes les termes dont
le sens a de grands rapports et des différences
légères mais réelles. Les
synonymes les plus parfaits seront ceux qui auront
entre eux les rapports les plus grands et les
différences les plus légères.
C'est d'après ceux-là que nous devons
raisonner pour résoudre d'une manière
rigoureuse la question que nous nous sommes proposée
: il faut donc tracer la limite qui sépare
la plus grande ressemblance possible d'une parfaite
similitude; tous les mots qui se trouveront sur
cette limite seront synonymes.
Les
idées exprimées par des mots synonymes,
sont ou subordonnées ou coordonnées.
Les idées subordonnées à
une autre idée sont celles qui reproduisent
cette idée mère, avec de certaines
modifications. Ainsi les idées de reproche,
blâme, censure, etc. sont des idées
subordonnées à celle de désapprobation,
parce que celle-ci se trouve dans chacune d'elles,
quoique diversement modifiée. J'appelle
idées coordonnées celles qui contiennent
la même idée mère avec des
modifications différentes; ainsi les idées
de reproche, blâme, censure, etc., sont
des idées coordonnées entre elles.
Les
termes qui expriment les idées subordonnées
ou des idées coordonnées peuvent
seuls être considérés comme
synonymes.
La
synonymie des premiers c'est-à-dire celle
des mots qui expriment les idées subordonnées
avec celui qui exprime l'idée mère,
a été révoquée en
doute par quelques philologues, entre autres par
l'allemand Fischer, mais à tort. Examinons,
en effet, quel est le vrai caractère des
synonymes.
Les
synonymes ne peuvent être des noms propres
: (propria) ils doivent être des noms génériques
(appellativa). Il n'y a point de synonymie entre
les mots qui désignent des choses individuelles;
ils sont distincts par leur nature même;
ils n'offrent aucune nuance à saisir, car
du moment où il en y aurait une, ils n'exprimeraient
plus le même objet individuel. Pour que
des mots puissent être synonymes, il faut
donc qu'ils expriment des choses générales.
Il
suit de là qu'une idée générique
commune est nécessaire aux mots synonymes
: plus cette idée générique
qui fait leur rapport sera voisine de l'idée
particulière qui fait leur différence,
plus la synonymie sera grande : si les mots n'ont
en commun qu'un idée générique
très éloignée, ils ne seront
pas vraiment synonymes, car alors leur sens propre
et leurs caractères distinctifs seront
aisés à assigner. Ainsi les mots
mer et fleuve ne sont pas synonymes, parce qu'ils
n'ont en commun que l'idée générique
éloignée d'eau, tandis que les mots
fleuve et rivière peuvent être considérés
comme tels, parce qu'ils ont en commun l'idée
générique très rapprochée
d'eau courante.
Or,
les mots qui expriment les idées subordonnées
ont en commun avec celui qui exprime l'idée
mère, cette idée elle-même,
et ils peuvent en être peu éloignés;
rien ne s'oppose donc à leur synonymie.
Les mots déserteur et transfuge me serviront
d'exemple. Déserteur contient l'idée
mère; il désigne un soldat qui abandonne,
sans congé, le service auquel il est engagé
: transfuge exprime une idée subordonnée,
car il ajoute au sens propre de déserteur
l'idée accessoire de passer au service
des ennemis; cependant ces deux mots sont de vrais
synonymes, et Beauzée les a traités
comme tels.
A
la vérité, les synonymes de ce genre
sont moins parfaits que ceux qui ont pour objet
des mots représentatifs d'idées
coordonnées. Il est plus aisé de
voir ce que l'idée subordonnée ajoute
à l'idée mère, que d'assigner
les nuances différentes par lesquelles
des idées coordonnées se distinguent
entre elles; mais cela n'empêche pas que
les premières ne soient aussi du domaine
de l'étude qui nous occupe, domaine qu'une
rigueur extrême rendrait trop borné.
Il
arrive parfois qu'un mot a deux significations,
dont l'une correspond à une idée
principale, l'autre à une idée particulière;
celle-ci peut avoir des idées coordonnées,
celle-là des idées subordonnées;
en sorte que le mot se trouve lié à
des synonymes des deux genres. Ainsi le mot poids
désigne arbitrairement la qualité
qui fait tendre les corps vers le centre de la
terre; sous ce rapport il exprime une idée
coordonnée à celle des mots gravité,
pesanteur, avec lesquels il est synonyme, mais
il est de plus lié par des rapports de
synonymie avec les mots charge, faix, fardeau,
qui expriment des idées subordonnées
à celle de poids, à laquelle ils
ajoutent l'idée accessoire de porter. Une
charge, un faix, un fardeau, sont des poids que
l'on porte : on dit figurémént soutenir
le poids des affaires, comme on dirait, soutenir
le fardeau des affaires.
C'est
pour avoir négligé de distinguer
la synonymie qui résulte de la subordination
des idées à une autre, de celle
qui résulte de leur coordination entre
elles, que l'abbé Girard a soutenu contre
l'Encyclopédie que le mot poids n'était
pas synonyme des mots charge, fardeau, faix, mais
seulement des mots gravité et pesanteur.
Il
n'est pas même nécessaire pour qu'un
mot se rattache à différentes familles
de synonymes, qu'il ait avec les unes des rapports
de subordination, et avec les autres des rapports
de coordination; il suffit qu'il soit susceptible
de différents sens. Le mot iimputer, par
exemple, est dans une acception synonyme de déduire,
retrancher; et dans une autre, il est synonyme
d'accuser, inculper, quoiqu'il n'ait avec ces
deux familles de mots que des rapports de coordination
: cette multiplicité de sens ayant presque
toujours pour cause le nombre des idées
simples qui forment l'idée composée
que le mot exprime, l'analyse de ces idées
simples est la voie la plus sûre pour découvrir
les divers sens du mot, et par conséquent
ses diverses branches de synonymie.
Il
ne sera pas inutile de joindre à ces réflexions
un tableau de synonymes successifs qui puisse
offrir une application claire et complète
de la théorie que je viens d'exposer.
(Idée
mère.)
Désapprouver.---->Synonymes
par Subordination.----->Censurer - blâmer
- condamner.
(Synonymes
entre eux par coordination)
Censurer
- blâmer - condamner.----->Synonymes
par Subordination.----->Reprendre, reprocher,
réprimander.
(Synonymes
entre eux par coordination.)
Reprendre,
reprocher, réprimander.------>Synonymes
par Subordination.----->Chapitrer, gronder,
quereller, etc.
(Synonymes
entre eux par coordination.)
On
voit, par ce seul exemple, à combien de
synonymes un mot peut se trouver associé
par des rapports éloignés sans doute,
mais réels, quoique incapables d'établir
entre ce mot et les derniers de ceux qui s'y attachent
une synonymie proprement dite. Il suffit de jeter
les yeux sur ce tableau pour reconnaître
la nécessité des deux conditions
sans lesquelles, comme nous l'avons dit, les mots
ne sauraient être synonymes. 1°. Ils
doivent être liés par une idée
générique commune; 2°. et différenciés
par des idées particulières assez
peu distantes, soit de l'idée générique,
soit entre elles, pour qu'une analyse fine puisse
seule les distinguer.
Gardons-nous
de croire cependant que tous les mots où
ces conditions sont réunies soient synonymes
: ils peuvent avoir des propriétés
qui s'y opposent. Je vais en indiquer quelques-unes.
1°.
Les termes dont le sens propre peut être
saisi au premier coup d'oeil, c'est-à-dire
dont la composition est telle qu'elle indique
clairement ce qu'il y a de commun et de particulier
dans les idées qu'ils expriment, ne sauraient
être synonymes. C'est à tort que
MM. Piozzi ont fait entrer dans leur synonymie
anglaise, les expressions chien de chasse, chien
couchant, chien basset, etc. elles ont, à
la vérité, une idée générique
commune et une idée particulière
qui les différencie; mais cette dernière,
énoncée d'une manière positive,
les distingue trop spécialement pour qu'une
analyse quelconque soit nécessaire.
2°.
Les mots qui expriment des objets physiques, susceptibles
de tomber individuellement sous les sens, ne peuvent
être traités comme synonymes, parce
que la seule inspection de l'objet suffit pour
faire connaître leurs caractères
distinctifs; tels sont un grand nombre de mots
qui désignent des ouvrages de l'art ou
des productions de la nature. Un chêne,
un tilleul, sont de grands arbres; une tasse,
un verre sont des vases à boire; un palais
et une cabane sont des habitations, et cependant
ces mots ne seront jamais dits synonymes, car
la simple représentation de l'objet les
distingue clairement.
Il y a ici une exception à faire. Les objets
qui sont du domaine des sens appartiennent quelquefois
à diverses classes de choses; ils sont
liés avec chacune de ces classes par différents
rapports, et diversement modifiés par chacun
de ces rapports; ils tirent souvent leur nom de
ces modifications mêmes. Ainsi la copie
faite par un peintre de la tête d'une personne
quelconque s'appelle une image et un portrait;
elle est iimage en tant qu'elle offre la ressemblance
de l'original, et portrait en tant qu'elle est
peinte; image peinte. En voyant cette copie, je
vois en même-temps une image et un portrait;
mais cette vue ne m'apprend rien de ce qui distingue
le portrait de l'image; elle ne me découvre
pas leurs caractères particuliers; il faut
donc avoir recours à l'analyse des synonymes.
Ce
cas se présente toutes les fois que les
mots représentatifs des objets physiques
ne les désignent pas d'une manière
positive et spéciale.
3°
Enfin, les termes techniques ou scientifiques
dont la signification propre est fixée
dans la science ou dans l'art auquel ils appartiennent
et hors duquel il ne se présentent pas
ordinairement, ne sauraient être synonymes;
ainsi une houe n'est pas synonyme d'un hoyau,
quoiqu'on les confonde souvent, parce qu'en agriculture
un hoyau est une houe à deux tranchants.
Il
est des mots qui, bien qu'appartenant à
une science, se reproduisent fréquemment
hors de son domaine, et sont d'un grand usage,
soit dans la prose, soit dans la poésie;
sous ce dernier point de vue, on peut, je pense,
les considérer comme synonymes, bien qu'ils
ne le soient pas dans la science à laquelle
ils appartiennent; ainsi les mots fleuve et rivière
ne sont pas synonymes pour un géographe,
qui n'appelle fleuve que la rivière qui
a son embouchure dans la mer, mais ils peuvent
l'être pour le poète qui, sans doute,
n'est pas obligé à une exactitude
plus minutieuse que celle du Dictionnaire de l'Académie,
où l'on ne met entre fleuve et rivière
d'autre différence que celle de la grandeur.
Je
range dans la classe des termes techniques les
noms des jeux, des danses, etc., qui sont distincts
par leur nature même, et ne sauraient être
confondus par ceux qui les connaissent, quelques
rapports qu'ils aient d'ailleurs entre eux. Maintenant
que les conditions nécessaires pour rendre
des mots vraiment synonymes sont assignées,
nous n'aurons plus qu'à voir si elles se
trouvent dans ceux qui font l'objet de notre travail:
nous connaissons leur sens propre et leurs modifications;
la comparaison qui reste à faire est facile,
et doit avoir pour résultat la détermination
des caractères distinctifs de chaque mot.
Pour
donner à ce résultat plus d'évidence,
il est essentiel de placer les synonymes, chacun
d'après son sens particulier, dans des
phrases qui fassent ressortir les nuances qui
les séparent. J'ai déjà dit
qu'il y avait de grands avantages à citer
à cet effet les écrivains dont le
nom seul est une autorité. Au défaut
de ces citations, des exemples sont nécessaires,
mais il faut prendre garde surtout à ne
pas choquer l'usage ou la langue, en s'efforçant
de les ramener aux distinctions que l'on a établies
d'avance.
Comme rien n'est plus propre à répandre
du jour sur une théorie que son application,
je vais développer ici un synonyme d'après
les principes que je viens d'exposer; et, pour
ne pas nuire à la simplicité par
un trop grand nombre de termes, je me bornerai
aux deux mots peuple, nation.
PEUPLE,
NATION.
Définitions.
Un
peuple est une multitude d'hommes, vivant dans
le même pays et sous les mêmes lois.
Une
nation est une multitude d'hommes, ayant la même
origine, vivant dans le même Etat et sous
les mêmes lois.
Idée
générique commune.
Assemblage
d'hommes vivant dans le même pays et sous
les mêmes lois.
Idées
particulières qui forment la différence.
Peuple
vient du latin populus, qui vient lui-même
du grec " plusieurs ", par réduplication
populus, comme on le trouve dans la loi des Douze
Tables, et dans la suite populus. Il rappelle
donc essentiellement l'idée de nombre,
de multitude.
Nation
vient du latin natio (de nascor, natus) naissance,
origine; il rappelle donc d'abord l'idée
d'origine commune. Nationem.... Cincius genushominum
qui non aliundè venerunt sed ibi nati sunt,
significare ait : " Cincius dit que nation
signifie une race d'hommes qui ne sont pas venus
d'ailleurs, mais sont nés dans le pays
même. " Vid. S. P. Fest. de verb. signif.
Ainsi,
être de la même nation ne désignait
pas seulement chez les Romains être de la
même origine, mais encore être nés
dans le même lieu. C'est dans ce sens que
Cicéron a dit : " " Societas
propior est ejusdem gentis, nationis, linguoe
""; une alliance plus intime est celle
qui unit les hommes de la même race, de
la même nation, parlant la même langue,
etc. Nous avons négligé ce dernier
sens, et nous traduisons indifféremment
par le mot de nation, celui de gens et celui de
natio, quoique les Latins fussent loin de les
confondre.
De
cette diversité d'étymologie proviennent
toutes les nuances que l'on peut établir
entre peuple et nation. Comme on trouvera dans
ce Dictionnaire le synonyme de l'abbé Roubaud
sur ce sujet, je ne donnerai ici que peu d'exemples
des caractères distinctifs de ces deux
mots.
La
nation fait corps; le peuple fait nombre; aussi
dit-on le droit des nations, l'émigration
des peuples.
La
nation est la masse des citoyens; le peuple est
celle des habitants. De peuple on a fait populace,
parce qu'une multitude peut inspirer le mépris;
on ne tirerait pas de nation un mot avilissant,
parce qu'une société organisée
est toujours respectable.
On
se sert du mot peuple lorsqu'on veut porter les
idées sur les individus eux-mêmes,
leur nombre, etc. C'est ainsi que Racine, en parlant
de l'apparition de Dieu sur le mont Sinaï,
a dit : (Voyez ATHALIE, act. 1, scène 4.)
Il
venait à ce peuple heureux
Ordonner de l'aimer d'une amour éternelle.
Il
n'eût pu employer le mot de nation; tandis
que Bossuet, voulant peindre la rapidité
de l'existence d'un corps social, a dit : "
La vie des nations s'écoule comme celle
des individus. "
J'aurais
pu donner beaucoup d'étendue au développement
de cet exemple, en faisant suivre pas à
pas l'application de la théorie, mais les
lecteurs feront aisément eux-mêmes
un travail aussi simple; je passe aux autres questions
que présente mon sujet.
Les philologues se sont demandé souvent
s'il pouvait exister des synonymes parfaits ?
D'après la définition que nous avons
adoptée du mot synonyme, cette question
nous est étrangère, puisque nous
avons donné ce nom aux termes qui ont entre
eux de grands rapports et des différences
légères : ceux - là seulement
peuvent faire l'objet de notre étude, puisqu'eux
seuls offrent des nuances à assigner; mais
en rendant au mot son acception rigoureuse, l'abbé
Girard, Dumarsais et autres, ont répondu
qu'il n'y avait point de vrais synonymes, "
Parce que, dit le dernier, s'il y avait des synonymes
parfaits, il y aurait deux langues dans une même
langue. Quand on a trouvé le signe exact
d'une idée, on n'en cherche pas un autre.
" (Voyez DUM. Traité des Tropes, 3e
part. art. 12.)
Si la langue s'était formée d'après
une délibération réfléchie,
une convention reconnue de tous ceux qui devaient
la parler, ces philologues affirmeraient avec
raison qu'elle ne peut contenir de vrais synonymes;
les inventeurs auraient évité tout
double emploi. " Mais la signification des
mots, dit Dumarsais lui-même, ne leur a
pas été donnée dans une assemblée
générale de chaque peuple, dont
le résultat ait été signifié
à chaque particulier qui est venu au monde.
" La langue est un composé des divers
langages des hordes éparses qui, dans l'origine,
constituaient la nation : ces hordes ayant très-peu
de rapports entre elles, les mots n'étaient
connus d'abord que dans un cercle fort étroit;
dans un autre cercle on en inventait d'autres
pour désigner les mêmes choses, faute
de savoir qu'il en existait déjà
: il se trouva donc nécessairement, lors
de la réunion des hordes et des langages,
plusieurs mots représentatifs des mêmes
objets, c'est-à-dire parfaitement synonymes.
C'est sur les mots représentatifs des objets
physiques, des premiers besoins de l'homme, des
productions les plus communes de la nature, que
cette synonymie dut surtout tomber : aussi a-t-il
fallu que les naturalistes créassent une
langue scientifique en définissant soigneusement
les mots, et qu'ils indiquassent les dénominations
synonymes des divers dialectes. La Botanique en
offre un exemple frappant.
A
la vérité, ces mots, par leur nature
même, n'ont pour nous aucun intérêt;
mais ils n'en font pas moins partie de la langue,
et c'est pour avoir trop généralisé
une vérité particulière,
pour avoir négligé l'analyse exact
et complète du langage, que nos philologues
ont nié l'existence des synonymes parfaits.
Ce
qu'on peut dire, c'est qu'à l'époque
où les progrès de la civilisation
ont rapproché les peuplades et formé
de leurs dialectes particuliers une langue commune,
on a dû s'apercevoir de l'inutilité
des synonymes, et ne conserver qu'un seul mot
pour chaque objet. Plus les langues se sont perfectionnées,
plus le double emploi a dû devenir rare,
et l'on a raison d'affirmer qu'une langue parfaite
n'aurait point de vrais synonymes; c'est le seul
cas où l'on puisse répondre affirmativement
ainsi que Dumarsais et l'abbé Girard :
mais comme aucune langue ne peut se glorifier
d'avoir atteint une perfection qui probablement
ne sera jamais que théorique, gardons -
nous de croire qu'il ne peut exister des synonymes
parfaits : bornons-nous à dire que ceux
qui existent n'ont aucun intérêt
pour nous, et que ce sont d'ailleurs presque toujours
des mots représentatifs d'objets physiques
et individuels. Quant aux autres mots qui, dans
l'origine, ont pu être vraiment synonymes,
l'usage établit graduellement entre eux
des nuances qu'il faut saisir, auxquelles on peut
même ajouter, et qui deviennent de jour
en jour plus nombreuses ou plus frappantes.
Dumarsais
lui-même paraît avoir le sentiment
de cette vérité lorsqu'il ajoute
: " Les mots anciens et les mots nouveaux
d'une langue sont synonymes : maints est synonyme
de plusieurs, mais le premier n'est plus en usage.
C'est la grande ressemblance de signification
qui est cause que l'usage n'a conservé
que l'un de ces termes et qu'il a rejeté
l'autre comme inutile. " Ce n'est donc qu'en
considérant la langue française
comme parfaite, comme arrivée à
ce point où les langues peuvent mourir,
mais ne vieillissent plus, qu'il a pu dire qu'elle
ne contenait point de vrais synonymes.
Maintenant,
dira-t-on, comment les synonymes (nous revenons
au sens que notre définition donne à
ce mot) se sont-ils introduits dans la langue
? les causes de leur origine sont si multipliées
que je me bornerai à indiquer les principales.
1°
La diversité des dialectesLa diversité
des dialectes. Toutes les peuplades d'une grande
nation, presque indépendantes les unes
des autres, avaient chacune leur dialecte particulier.
Lorsque le dialecte de l'une d'elles a prévalu
et est devenu la langue commune, il a été
contraint de s'associer en quelque sorte les autres
dialectes; de là une infinité de
synonymes qui se sont distingués insensiblement,
s'ils ne l'étaient pas déjà
à cause de la marche différente
qu'avaient suivie les diverses peuplades dans
la formation des mots.
2°
La variété des sources étymologiques.
Ce n'est pas du latin seulement que le français
dérive; plusieurs autres langues ont concouru
à sa formation; les Phéniciens et
les Grecs ayant formé des colonies le long
des côtes de la mer Méditerranée,
y laissèrent des traces de leur langage
et de leurs moeurs. Les Francs, lors de leur invasion
dans les Gaules y apportèrent le Teutonique,
qui s'associa bientôt au Gaulois; on en
trouve des exemples dans la Préface que
Borel a mise en tête de son Dictionnaire
du vieux français. Avant les Francs étaient
venus les Romains, dont la domination s'était
établie dans une partie des Gaules, et
dont la langue constituait l'ancien Romant qui
a servi de base au français actuel. Les
irruptions des Anglais en Bretagne, la conquête
de l'Angleterre par Guillaume, donnèrent
lieu à de nouveaux mélanges, et
cette multiplicité de langues qui se réunirent
pour former le français, a été
la source d'un grand nombre de synonymes. On en
a déjà vu une preuve dans les mots
bannir, exiler. Je pourrais en citer beaucoup
d'autres; je me bornerai à une seule, tirée
des mots guerrier, belliqueux.
Belliqueux a été formé du
latin bellum : guerrier est l'adjectif du substantif
guerre, dérivé du vieux mot tiois
(On appelle langue tioise celle qui se forma du
mélange de l'allemand et du gaulois, lors
de l'établissement des Francs dans les
Gaules : on l'appelle aussi theuth-franc ou franc-theuth.)
werra, qui signifiait sédition, guerre
intestine, et qui se retrouve dans les Capitulaires
de Charles le Chauve (tit. 23, chap. 15), ainsi
que dans l'Épitre de l'empereur Henri.
(Voyez les ANNALES du moine Geoffroy, sur l'an
1195.) C'est originairement le teutonique wahren,
garder, garantir; sich bewahren, se défendre,
se tenir sur ses gardes, d'où les Anglais
ont tiré les mots war, guerre; to ward,
garder, etc. La filiation de ce mot est susceptible
de grands développements, mais il me suffit
de montrer par cet exemple quelle infinité
de synonymes ont dû naître de la variété
des langues qui ont concouru à la formation
de la nôtre.
3°
La facilité que les savants avaient, dans
l'origine, pour former de nouveaux mots par des
alliances étymologiques, souvent obscures
et bizarres, fut une nouvelle source de synonymes;
elle y contribua encore indirectement en répandant
sur le sens propre des mots une indétermination
que le petit nombre des gens lettrés et
des livres était peu propre à dissiper.
Nous savons que l'orthographe a demeuré
longtemps incertaine; sous Louis XIV même
la plupart des gens de la cour en ignoraient les
règles; c'est le siècle de Louis
XV qui l'a rendue vulgaire, et cependant une incorrection
qui blesse à la fois l'oeil et l'entendement
devait être plus facile à écarter,
que l'indécision du sens des mots, dont
l'entendement seul est offensé. Or, cette
indécision, est comme nous l'avons vu,
ce qui s'oppose le plus à la distinction
des synonymes.
4°.
Le passage des mots de leur sens propre à
un sens figuré n'a pas peu contribué
à augmenter le nombre des synonymes. "
Les langues les plus riches, dit Dumarsais, n'ont
point un assez grand nombre de mots pour exprimer
chaque idée particulière par un
terme qui ne soit que le signe propre de cette
idée; ainsi l'on est souvent obligé
d'emprunter le mot propre de quelque autre idée
qui a le plus de rapport à celle qu'on
veut exprimer. " De nouveaux liens de synonymie
ont ainsi associé des mots jusque là
éloignés les uns des autres. L'influence
de tous les tropes s'est fait plus ou moins sentir.
La métaphore, en transportant la signification
propre des mots à une signification qui
ne peut leur convenir qu'en vertu d'une comparaison
que l'esprit a conçue; la métonymie,
en prenant le signe pour le signifié, l'effet
pour la cause, le contenant pour le contenu; la
synecdoche, en généralisant ou particularisant
le sens propre des mots; plusieurs autres tropes
enfin ont fait naître de nouveaux rapports
de synonymie. Aussi c'est par métaphore
que le mot lumière, qui ne désignait
d'abord que la clarté, le jour, est devenu
au pluriel synonyme des mots connaissances, sciences,
etc. C'est par synecdoche que l'expression les
mortels, qui comprend à la rigueur tous
les animaux sujets à la mort comme nous,
est synonyme des expressions les humains, les
hommes, etc. La fécondité de cette
cause est trop évidente pour qu'il soit
nécessaire d'entrer dans de plus longs
développements.
5°.
Les termes, en passant de l'une des parties du
discours à une autre, n'ont pas toujours
gardé le même sens. Les verbes formés
d'un substantif se sont écartés
de leur origine; les adverbes, les adjectifs,
ont suivi une marche aussi irrégulière.
Voltaire a même remarqué que "
les mots en passant du substantif au verbe ont
rarement la même signification. " Ainsi
le substantif félicité est synonyme
de bonheur; le verbe féliciter qui en dérive
est synonyme de congratuler; l'adjectif plaisant
s'est formé du verbe plaire, et a désigné
d'abord ce qui plaît, ce qui charme; ce
sens s'est altéré dans la suite,
il est devenu synonyme de comique, facétieux,
ridicule; enfin il a formé lui - même
le verbe plaisanter, tandis que son contraire
déplaisant a gardé sa première
signification; nouvelle source d'une infinité
de synonymes.
Telles
sont les principales causes qui ont étendu
la synonymie des mots; je n'en indiquerai pas
un plus grand nombre; ceux qui s'appliqueront
avec soin à cette partie de la grammaire
pourront s'occuper à les rechercher; ils
verront bientôt que cette recherche répand
un grand jour, non seulement sur l'histoire des
synonymes, mais encore sur celle de la langue,
et que cette branche des travaux du philologue,
quelque particulière qu'elle paraisse d'abord,
porte des fruits qui ne sont pas à dédaigner.
Cette
utilité gagnera autant en étendue
qu'en importance, si l'on considère l'étude
des synonymes sous un point de vue plus général
: elle exerce la sagacité de l'esprit en
l'accoutumant à distinguer ce qu'il serait
aisé de confondre; en déterminant
le sens propre des termes, elle prévient
les disputes de mots dont une équivoque,
un malentendu, sont presque toujours la cause;
elle fixe l'usage dont elle devient le témoin
et l'interprète; elle recueille, pour ainsi
dire, les feuilles éparses où sont
contenus les oracles de cette impérieuse
Sibylle; elle peut même les suppléer
en s'aidant des ressources que l'analyse logique
et grammaticale lui fournit; elle fait acquérir
au style cette propriété d'expression,
cette précision, pierre de touche des grands
écrivains; enfin elle enrichit la langue
de tous les termes qu'elle distingue d'une manière
positive : ce n'est pas la répétition
des mêmes sons, mais celle des mêmes
idées qui fatigue le lecteur; l'esprit
se lasse plus aisément que l'oreille; la
preuve en est dans cette multitude de particules,
de conjonctions, etc., dont le retour continuel
n'est pas pénible à l'entendement,
parce qu'elles amènent ou remplacent de
nouvelles idées : la variété
des idées est donc plus essentielle à
la richesse de la langue que celle des sons; rien
ne contribue aussi efficacement à l'augmenter,
que l'étude des synonymes; elle rend aux
divers mots d'une même famille leur physionomie
propre et leur caractère original; elle
sépare, en quelque sorte, les rameaux d'un
même tronc, et l'influence qu'elle exerce
sur la clarté des expressions, s'étend
aux idées même qui acquièrent
par elle une netteté plus grande.
L'importance
de cette étude est donc incontestable;
aussi a-t-elle été sentie dans les
temps anciens comme de nos jours. Cicéron
et Quintilien, peut-être les deux juges
les plus compétents que l'antiquité
puisse offrir sur cette matière, ont parlé
positivement de la nécessité de
distinguer les synonymes : " Quamquam enim
vocabula Quamquam enim vocabula, propè
idem valere videantur, tamen quia res differebant,
nomina rerum distare voluerunt. Car, bien que
les mots paraissent avoir à peu près
le même sens, il existe toujours entre eux
une différence due à celle qui existe
entre les objets qu'ils sont destinés à
représenter " (Vid. CIC. Top. c. 8,
§ 34.) Quintilien dit aussi : " Pluribus
autem nominibus in eâdem re vulgò
utimur, qui tamen, si deducas, suam propriam quamdam
vim ostendent. Inst. or. VI, 3, 17. Nous nous
servons souvent de plusieurs mots pour exprimer
la même chose; mais si vous les analysez
avec soin, vous verrez qu'ils ont chacun leur
propriété particulière. "
Les
anciens ont dû par conséquent s'occuper
de cette étude : l'histoire de leurs travaux
et de ceux des grammairiens modernes, tant nationaux
qu'étrangers, est assez peu connue pour
que les lecteurs attentifs y trouvent de l'intérêt
: j'entrerai dans quelques détails sur
les ouvrages les plus importants par leur réputation
ou par leur mérite.
Le
plus ancien des auteurs connus sur cette matière,
est le grammairien Ammonius, qui florissait au
commencement du deuxième siècle
de l'ère chrétienne, et qui a écrit
en grec un traité sur la différence
des mots synonymes. On ne connaissait guère
ni l'ouvrage ni l'auteur avant l'édition
que le célèbre Valckenaer en donna
à Leyde en 1739; le nom même d'Ammonius,
l'époque où il vivait, le texte
de son livre, étaient des sujets de discussion
et de doute. Les uns attribuaient ce Traité
à un certain Herennius Philo, prédécesseur
d'Ammonius; les autres lui donnaient pour auteur
un Ammonius plus moderne; dont l'historien Socrate
fait mention, et qui se réfugia à
Alexandrie, l'an de Christ 389, lorsque l'empereur
Théodose fit renverser les temples des
idolâtres.
Valckenaer,
après avoir réfuté ces diverses
opinions et solidement établi la sienne,
a défendu l'ouvrage même contre Henri
Etienne, qui, tout en en faisant un appendix à
son Trésor de la langue grecque, s'était
exprimé défavorablement sur le compte
de l'auteur; il a montré que, précieux
par son antiquité et par la nature de son
sujet, le livre d'Ammonius avait en outre le mérite
de nous conserver plusieurs passages des auteurs
anciens, qui seraient perdus sans lui; enfin,
il s'est appuyé de l'autorité de
Jos. Scaliger et de Tib. Hemsterhuis, qui nomment
Ammonius un des écrivains les plus utiles
et des grammairiens les plus savants : scriptorem
utilissimum.... eruditissimum grammaticum.
Valckenaer
a ajouté au texte d'Ammonius un commentaire
aussi instructif que détaillé.
Nous
avons sur la synonymie latine un plus grand nombre
d'ouvrages, quoiqu'il ne nous reste des Latins
eux-mêmes aucun traité classique,
comme l'est, dans la littérature grecque,
celui d'Ammonius. On rencontre des synonymes épars
dans Cicéron et dans Quintilien, même
dans Sénèque. D'Alembert a cité
celui d'oegritudo, angor, moeror, luctus, etc.,
tiré du 4e. livre des Tusculanes, ch. 7.
Varron,
Festus, Aulu - Gelle, s'étaient occupés
de ce genre de recherches; ceux de leurs écrits
qui nous sont parvenus en contiennent des fragments;
mais nous ne trouvons des recueils de synonymes
que chez les latinistes modernes. En joignant
ici la liste des principaux, je ne m'arrêterai
qu'à ceux sur lesquels je puis donner quelques
détails.
1°.
De formulis et solemnibus Populi romani verbis.
Lib. 8. De verborum quoe ad jus pertinent significatione.
Lib. 19, Haloe, 1731 et 1743. Auctore Barnabâ
Brissonio.
Des
formules et des mots solennels du Peuple romain.
Du sens des Termes de droit, à Halle, 1731
et 1743, par Barnabas Brisson, né en 1531
à Fontenai en Poitou, président
du parlement de Paris, et envoyé à
Londres sous Henri III. Ces deux ouvrages, quoique
spécialement destinés à l'étude
du droit, contiennent un grand nombre de synonymes
et sont nécessaires pour l'intelligence
des classiques.
2°.
Auctores linguoe latinoe in unum redacti corpus,
adjectis, notis Dionysii Gothofredi, jur. c. sti.
Editio postrema emendatior et nonnullis auctior.
Colonioe Allobrogum, 1622, 4°.
Les
grammairiens latins, réunis en un recueil,
avec des notes de Denis Godefroi, jurisconsulte.
Dernière édition, revue et augmentée.
A Genève, 1622, 4°.
3°.
Ausonii Popmoe, Frisii, de differentiis verborum,
libri 4. Item de usu antiquoe locutionis libri,
2, jam denuò, insigniter aucti ab Adam
Daniel Richtero. Lipsioe et Dresdoe, 1781, in-8.
Traité
des différences qui existent entre les
mots, en 4 livres; Traité des anciennes
locutions latines, en 2 livres, réaugmentés
par Ad. Dan. Richter. A Leipsic et à Dresde,
1781, in-8°.
Ausone
Popma, né à Alst, en Frise, d'une
famille noble, florissait vers l'an 1610; c'était
un jurisconsulte distingué. Son ouvrage
est devenu classique pour les latinistes modernes.
4°.
Les synonymes latins et leurs différentes
significations, avec des exemples tirés
des meilleurs auteurs, par Gardin Dumesnil, professeur
de rhétorique en l'université de
Paris. A Paris, 1777.
Cet
ouvrage, plus répandu que les précédents,
est aussi plus spécial et plus complet,
mais l'auteur qui s'était proposé
de faire en latin ce que l'abbé Girard
avait fait en français, s'est souvent laissé
guider par la synonymie française plutôt
que par une pure latinité.
Je
passe sous silence plusieurs ouvrages des philologues
allemands sur la même matière, tels
que celui de Heinrich Braun et autres.
Quelles
que soient les recherches des savants sur la synonymie
des langues mortes, on devine aisément
qu'elles laissent après elles beaucoup
d'incertitude et de lacunes. La synonymie des
langues modernes peut seule être traitée
|