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NOTICE
SUR ANTOINE OUDIN
Antoine
Oudin a publié un ouvrage qu'il a intitulé
très justement " Curiositez françoises
pour supplément aux Dictionnaires ".
En effet, ce petit livre rare et curieux est un
supplément très utile aux dictionnaires,
et nous avons jugé que sa place était
indiquée à la suite du Glossaire
de La Curne de Sainte-Palaye, dans lequel cet
auteur est si souvent cité.
Les
" Curiositez françoises " Curiositez
françoises ", comme le sous-titre
l'indique, sont un Recueil de plusieurs belles
propriétez, avec une infinité de
proverbes et quolibets pour l'application de toutes
sortes de livres.
Antoine
Oudin s'est attaché à réunir
les proverbes, les adages qui faisaient la joie
et les délices de nos aïeux. Beaucoup
sont gaulois, et même très gaulois;
ils ont une grande parenté avec les causeries
de Rabelais ; mais enfin c'était le langage
de nos pères, et si les paroles étaient
libres, leurs actes certes valaient mieux que
nos moeurs du jour. Cependant nous avons cru devoir
supprimer quelques quolibets qui nous ont paru
par trop salés ; nous avons bien peu élagué,
et si nous n'avons pas opéré de
plus grand ravage dans les pages de ce petit livre,
c'est que nous savons qu'un Glossaire s'adresse
à des personnes dont l'esprit mur et sérieux
ne peut recevoir aucune atteinte d'expressions
libres, qui ne retracent point d'actions obscènes.
Les
biographes nous ont laissé peu de détails
sur Antoine Oudin, dont les travaux philologiques
méritaient cependant d'attirer leur attention.
Voici les quelques notes que nous avons pu recueillir
concernant cet auteur :
Antoine
Oudin était fils de César Oudin,
secrétaire et interprète de langues
étrangères, il remplaça son
père dans cette charge. Le roi Louis XIII
l'envoya en Italie ; il résida assez longtemps
à la cour de Savoie et à Rome, où
le pape Urbain VIII le reçut dans son intimité.
A
son retour en France, il trouva de nombreux protecteurs
; son ouvrage des Curiositez françoises
avait été bien accueilli, et on
l'avait jugé utile à notre ancienne
langue et digne de figurer dans les bibliothèques.
Louis XIV, qui avait entendu parler des profondes
connaissances de la langue française et
de la langue italienne, le prit pour professeur.
Ce roi, passionné pour les belles et grandes
créations dans les arts et la littérature,
aimait peu les études sèches et
arides ; aussi ne saisit-il que très imparfaitement
la langue italienne.
Oudin
mourut le 11 février 1653. Voici la liste
de ses ouvrages :
I.
Curiositez françoises, pour servir de supplément
aux Dictionnaires, ou Recueil de plusieurs belles
propriétés, avec une infinité
de proverbes et quolibets pour l'explication de
toute sorte de livres ; deux édition imprimées
à Rouen, en 1649 et en 1656, format petit
in-8°.
II.
Grammaire françoise rapportée au
langage du temps, Paris, 1633, et Rouen, 1645,
in-12.
Baro, Duryer, et plusieurs autres membres de l'Académie
françaises récemment fondée,
citèrent cet ouvrage avec éloge.
III.
Recherches italiennes et françoises, ou
Dictionnaire italien-françois et françois-italien,
Paris, 1640, 2 vol. in-4° ; augmenté
par Veneroni, Lyon, 1698.
IV.
Trésor des deux langues espagnole et françoise,
ou Dictionnaire espagnol-françois et francois-espagnol,
ibid. 1645, in-4°.
V.
Histoire des guerres de Flandre, traduite de l'italien
du cardinal Bentivoglio, ibid. 1634, in-4°.
Ce
travail ne comprend que la première partie
de l'original, et se termine à la victoire
remportée par Don Juan d'Autriche, en 1578.
Oudin
était un savant actif et laborieux. Toute
son existence fut consacrée au travail
et à des recherches sur les langues française
et italienne. Son livre des Curiositez francoises
a eu l'honneur de la réimpression, et nous
croyons répondre au désir des souscripteurs
du Dictionnaire de La Curne de Sainte-Palaye,
en reproduisant cet ouvrage devenu très
rare et qui mérite d'être consulté,
car c'est un répertoire complet des proverbes,
adages et quolibets de notre vieille langue.
L.
FAVRE.
CURIOSITEZ
FRANÇOISES
POUR SUPPLÉMENT AUX DICTIONNAIRES
OU RECUEIL DE PLUSIEURS BELLES PROPRIETEZ,
AVEC UNE INFINITÉ DE PROVERBES ET QUOLIBETS,
Pour
l'explication de toutes sortes de Livres,
Par
ANTOINE OUDIN, Secretaire Interprette de Sa Majesté
ADVERTISSEMENT
Je
remets au jugement du Lecteur de corriger les
fautes d'impression, et si cherchant un quolibet
ou proverbe on ne le treuve en un lieu, il le
faudra chercher autre part ; par exemple, il semble
à mon ventre que le Diable ait emporté
mes dents, celuy-cy se peut mettre à dents,
Diable et ventre : observez la mesme chose pour
tous les autres, et principallement où
il y a un substantif et un verbe.
Pour
ce qui est des estoiles et du mot vulg. il faut
entendre que ce ne sont pas des phrases dont on
se doive servir qu'en raillant.
A
TRÈS-ILLUSTRE SEIGNEUR, MONSEIGNEUR GEORGE
FRIDERIC, COMTE DE WALDECK, PYRMONT, ET CULEMBOURG,
BARON de Tonna, Pallant, Wittem, Werth et Wildembourg,
SEIGNEUR de Leede, Linden, Kinsweiller, Engelsdorff,
etc...
MONSEIGNEUR,
C'est
veritablement faire tort à la grandeur
de vostre esprit, qui ne se plaist qu'aux choses
les plus relevées, que de luy en opposer
de vulgaires et de si peu de valeur : toutefois,
puisque son estenduë vous porte jusques aux
moindres curiositez, j'espere que vous ne vous
offenserez pas, si je vous offre celles cy, pour
vous servir au moins de divertissement, lors que
vous viendrez à quitter par relasche le
solide et le serieux. Elles ont bien quelque apparence
de bassesse qui pourroit choquer la vertu ; Mais
la vostre, MONSEIGNEUR, qui ne sçauroit
estre esbranlée en aucune sorte, en fera
mieux esclatter son lustre par un effet de leur
contrarieté. Il y a beaucoup moins de mauvais
que de necessaire, et vostre bon jugement choisira
sans difficulté ce qui luy est plus sortable,
et laissera le reste à ceux qui sont au
dessous de luy. Quoy que ce soit, je renge le
tout sous vostre protection, et si je commets
une faute, c'est l'obligation qui m'y force, l'employ
dont vous m'honorez exige de moy ce devoir, et
me commande d'une puissance absoluë de vous
rendre tesmoignage de la passion que j'ay de m'en
acquitter dignement : j'attends de vous en contr'eschange
une grace, qui sera l'une des plus advantageuses
que je puisse jamais souhaitter, que vous me permettrez
la continuation de mes services, et de me qualifier
tousjours,
MONSEIGNEUR,
Vostre
tres humble serviteur,
A.
OUDIN.
AUX
ESTRANGERS
Je
declare icy par une protestation tres expresse,
que mon dessein n'est pas de desterrer les morts
ny d'offenser les vivants ; et que me sousmettant
à la censure de tous, je conjure les plus
severes, de ne point croire que ce soit par suffisance
que j'attaque les gens de ma profession. Le seul
but où je vise, et que j'estime assez raisonnable,
est de purger les erreurs qui se sont glissées
dans la pluspart des pieces que l'on a mises en
lumiere pour l'instruction des Estrangers : parmy
lesquels ayant receu des bienfaits qui ne se peuvent
exprimer, je pense estre extremement obligé
de leur satisfaire par quelque sorte de reconnoissance,
et de leur faire cognoistre l'affection qui me
reste de leur rendre, selon mon pouvoir, ce que
je tiens encore de leurs courtoisies. Je ne touche
point aux escrits des Anciens dont la profondité
surpasse tout à fait la foiblesse de mon
entendement, mais sans sortir de mes bornes je
me contente de dire, que depuis peu nostre langue
est tellement embellie, que leur vieille façon
d'escrire à peine est reconnoissable aupres
de celle du temps.
C'est
à quelques Modernes que je m'attache, et
principallement à ceux qui n'ont pas sceu
discerner la politesse du langage de ce siecle,
et bien loin d'imiter nos derniers Autheurs, ont
rempli leurs ouvrages d'un grand nombre d'antiquailles
qui sont capables de donner de la repugnance,
et de faire perdre le credit au sujet qu'ils ont
traitté, sans considerer que l'ornement
est mesmes necessaire aux plus belles choses.
Y
a-t-il rien de plus desgoustant, qu'une mulcte
pecuniaire ; un faire porter l'endosse ; un garousser
; un larder les passages ; un boucler le traitte
; avoir serment à quelqu'un ; se fermenter
; fermentation ; estre enlevain des anciennes
jalousies, ou du traittement ; à grand
randon ((Voyez le Soldat Suedois.) ; et une infinité
de semblables ordures, et jusques à des
fautes de Grammaire qu'il seroit trop long de
rapporter en ce lieu.
Je
laisse encore les Historiens à part, et
veux parler des Grammairiens qui se sont meslez
de toutes sortes de proses. Quel jugement peut-on
faire d'un cartel de deffy qui commence, vous
aviez chaussé vos lunettes de travers,
etc. (Martin en ses Gram. page 513, page 508.)
D'une lettre serieuse qui contient ces mots, vous
vous en torchez les souliers. D'un compliment
d'une Demoiselle à un honneste homme, Monsieur
vous vous equivoquez prenant Paris pour Corbeil,
ou pannier pour corbeille. D'un Ange de Greue
pour Sergent ou geollier à Strasbourg,
c'est proprement un crocheteur à Paris.
Et ailleurs, les oreilles m'ont bien corné
depuis n'a gueres, c'est que vous approchiez desja,
je vous sentois de loin, et ce mot de corner,
ne s'entend pas de la sorte, mais pour dire seulement
que l'on parle d'une personne en son absence.
Peut-on voir une plus grande improprieté
qu'une lavandiere pour une blanchisseuse, on sçait
bien que les lavandieres ne blanchissent pas d'ordinaire
les rabats, et points couppez : et cette-cy est
accompagnée de plusieurs autres que je
laisse, pour ne pas importuner le Lecteur (Samuël
Bernard au commencement de son 1. Dialogue. Diction.
de Hulsius).
Touchant
les Dictionnaires, ils sont si mal ordonnez que
l'on n'a pas seulement eu le soin de marquer le
bon d'avec le mauvais. Tesmoin ce Gentil-homme
qui mit dans un poulet à une Maistresse,
fille de haut parage, qu'il avoit tiré
de l'Alleman et François, imprimé
à Geneve, où n'en desplaise à
Messieurs, l'on permet d'imprimer avec trop de
facilité, et de fort mauvaises marchandises.
Mais pour eviter ces inconvenients, qui sont capables
de servir de risée à tout le monde,
je vous conseille, Messieurs, au moins si je suis
capable de vous conseiller, de vous servir doresnavant
de bons livres. Il y a tant d'Histoires en bonnes
langues. Vous avez les oeuvres de MONSIEUR DE
MALHERBE : de MONSIEUR SILHON ; celles de MONSIEUR
DE BALSAC, le recueil de MONSIEUR FARET : Et pour
les Romans, L'ASTRÉE SA CONCLUSION : POLEXANDRE
: ARIANE : POLIXENE : SA VRAYE SUITTE, et plusieurs
autres belles choses des mesmes Autheurs, où
l'on ne rencontrera jamais de pareilles absurditez.
Servez
vous donc de cet advis, et prenez en gré
ce que je vous donne. Adieu.
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