L'Atelier historique de la langue française
le Grand Atelier historique de la langue française

Préfaces des dictionnaires de l'Atelier historique de la langue française

Le Littré | La Curne de Ste Palaye | Dictionnaire universel de Furetière | Dictionnaire philosophique de Voltaire | Dictionnaire des synonymes de Guizot | Curiosités françoises de Oudin | Dictionnaire de l'Académie française - édition 1762

et 7 dictionnaires supplémentaires composant
le Grand Atelier historique de la langue française

Le dictionnaire de Jean Nicot | Dictionnaire français contenant les mots et les choses de Richelet | Le Thomas Corneille | Dictionnaire étymologique de Gilles Ménage | Dictionnaire grammatical portatif de la langue française de l'Abbé Féraud | Dictionaire [sic] critique de l'Abbé Féraud | Dictionnaire universel de Trévoux

NOTICE SUR ANTOINE OUDIN

Antoine Oudin a publié un ouvrage qu'il a intitulé très justement " Curiositez françoises pour supplément aux Dictionnaires ". En effet, ce petit livre rare et curieux est un supplément très utile aux dictionnaires, et nous avons jugé que sa place était indiquée à la suite du Glossaire de La Curne de Sainte-Palaye, dans lequel cet auteur est si souvent cité.

Les " Curiositez françoises " Curiositez françoises ", comme le sous-titre l'indique, sont un Recueil de plusieurs belles propriétez, avec une infinité de proverbes et quolibets pour l'application de toutes sortes de livres.

Antoine Oudin s'est attaché à réunir les proverbes, les adages qui faisaient la joie et les délices de nos aïeux. Beaucoup sont gaulois, et même très gaulois; ils ont une grande parenté avec les causeries de Rabelais ; mais enfin c'était le langage de nos pères, et si les paroles étaient libres, leurs actes certes valaient mieux que nos moeurs du jour. Cependant nous avons cru devoir supprimer quelques quolibets qui nous ont paru par trop salés ; nous avons bien peu élagué, et si nous n'avons pas opéré de plus grand ravage dans les pages de ce petit livre, c'est que nous savons qu'un Glossaire s'adresse à des personnes dont l'esprit mur et sérieux ne peut recevoir aucune atteinte d'expressions libres, qui ne retracent point d'actions obscènes.

Les biographes nous ont laissé peu de détails sur Antoine Oudin, dont les travaux philologiques méritaient cependant d'attirer leur attention. Voici les quelques notes que nous avons pu recueillir concernant cet auteur :

Antoine Oudin était fils de César Oudin, secrétaire et interprète de langues étrangères, il remplaça son père dans cette charge. Le roi Louis XIII l'envoya en Italie ; il résida assez longtemps à la cour de Savoie et à Rome, où le pape Urbain VIII le reçut dans son intimité.

A son retour en France, il trouva de nombreux protecteurs ; son ouvrage des Curiositez françoises avait été bien accueilli, et on l'avait jugé utile à notre ancienne langue et digne de figurer dans les bibliothèques. Louis XIV, qui avait entendu parler des profondes connaissances de la langue française et de la langue italienne, le prit pour professeur. Ce roi, passionné pour les belles et grandes créations dans les arts et la littérature, aimait peu les études sèches et arides ; aussi ne saisit-il que très imparfaitement la langue italienne.

Oudin mourut le 11 février 1653. Voici la liste de ses ouvrages :

I. Curiositez françoises, pour servir de supplément aux Dictionnaires, ou Recueil de plusieurs belles propriétés, avec une infinité de proverbes et quolibets pour l'explication de toute sorte de livres ; deux édition imprimées à Rouen, en 1649 et en 1656, format petit in-8°.

II. Grammaire françoise rapportée au langage du temps, Paris, 1633, et Rouen, 1645, in-12.
Baro, Duryer, et plusieurs autres membres de l'Académie françaises récemment fondée, citèrent cet ouvrage avec éloge.

III. Recherches italiennes et françoises, ou Dictionnaire italien-françois et françois-italien, Paris, 1640, 2 vol. in-4° ; augmenté par Veneroni, Lyon, 1698.

IV. Trésor des deux langues espagnole et françoise, ou Dictionnaire espagnol-françois et francois-espagnol, ibid. 1645, in-4°.

V. Histoire des guerres de Flandre, traduite de l'italien du cardinal Bentivoglio, ibid. 1634, in-4°.

Ce travail ne comprend que la première partie de l'original, et se termine à la victoire remportée par Don Juan d'Autriche, en 1578.

Oudin était un savant actif et laborieux. Toute son existence fut consacrée au travail et à des recherches sur les langues française et italienne. Son livre des Curiositez francoises a eu l'honneur de la réimpression, et nous croyons répondre au désir des souscripteurs du Dictionnaire de La Curne de Sainte-Palaye, en reproduisant cet ouvrage devenu très rare et qui mérite d'être consulté, car c'est un répertoire complet des proverbes, adages et quolibets de notre vieille langue.

L. FAVRE.

 

CURIOSITEZ FRANÇOISES
POUR SUPPLÉMENT AUX DICTIONNAIRES
OU RECUEIL DE PLUSIEURS BELLES PROPRIETEZ,
AVEC UNE INFINITÉ DE PROVERBES ET QUOLIBETS,

Pour l'explication de toutes sortes de Livres,

Par ANTOINE OUDIN, Secretaire Interprette de Sa Majesté


ADVERTISSEMENT

Je remets au jugement du Lecteur de corriger les fautes d'impression, et si cherchant un quolibet ou proverbe on ne le treuve en un lieu, il le faudra chercher autre part ; par exemple, il semble à mon ventre que le Diable ait emporté mes dents, celuy-cy se peut mettre à dents, Diable et ventre : observez la mesme chose pour tous les autres, et principallement où il y a un substantif et un verbe.

Pour ce qui est des estoiles et du mot vulg. il faut entendre que ce ne sont pas des phrases dont on se doive servir qu'en raillant.

A TRÈS-ILLUSTRE SEIGNEUR, MONSEIGNEUR GEORGE FRIDERIC, COMTE DE WALDECK, PYRMONT, ET CULEMBOURG, BARON de Tonna, Pallant, Wittem, Werth et Wildembourg, SEIGNEUR de Leede, Linden, Kinsweiller, Engelsdorff, etc...

 

MONSEIGNEUR,

C'est veritablement faire tort à la grandeur de vostre esprit, qui ne se plaist qu'aux choses les plus relevées, que de luy en opposer de vulgaires et de si peu de valeur : toutefois, puisque son estenduë vous porte jusques aux moindres curiositez, j'espere que vous ne vous offenserez pas, si je vous offre celles cy, pour vous servir au moins de divertissement, lors que vous viendrez à quitter par relasche le solide et le serieux. Elles ont bien quelque apparence de bassesse qui pourroit choquer la vertu ; Mais la vostre, MONSEIGNEUR, qui ne sçauroit estre esbranlée en aucune sorte, en fera mieux esclatter son lustre par un effet de leur contrarieté. Il y a beaucoup moins de mauvais que de necessaire, et vostre bon jugement choisira sans difficulté ce qui luy est plus sortable, et laissera le reste à ceux qui sont au dessous de luy. Quoy que ce soit, je renge le tout sous vostre protection, et si je commets une faute, c'est l'obligation qui m'y force, l'employ dont vous m'honorez exige de moy ce devoir, et me commande d'une puissance absoluë de vous rendre tesmoignage de la passion que j'ay de m'en acquitter dignement : j'attends de vous en contr'eschange une grace, qui sera l'une des plus advantageuses que je puisse jamais souhaitter, que vous me permettrez la continuation de mes services, et de me qualifier tousjours,

MONSEIGNEUR,

Vostre tres humble serviteur,

A. OUDIN.

 

AUX ESTRANGERS

Je declare icy par une protestation tres expresse, que mon dessein n'est pas de desterrer les morts ny d'offenser les vivants ; et que me sousmettant à la censure de tous, je conjure les plus severes, de ne point croire que ce soit par suffisance que j'attaque les gens de ma profession. Le seul but où je vise, et que j'estime assez raisonnable, est de purger les erreurs qui se sont glissées dans la pluspart des pieces que l'on a mises en lumiere pour l'instruction des Estrangers : parmy lesquels ayant receu des bienfaits qui ne se peuvent exprimer, je pense estre extremement obligé de leur satisfaire par quelque sorte de reconnoissance, et de leur faire cognoistre l'affection qui me reste de leur rendre, selon mon pouvoir, ce que je tiens encore de leurs courtoisies. Je ne touche point aux escrits des Anciens dont la profondité surpasse tout à fait la foiblesse de mon entendement, mais sans sortir de mes bornes je me contente de dire, que depuis peu nostre langue est tellement embellie, que leur vieille façon d'escrire à peine est reconnoissable aupres de celle du temps.

C'est à quelques Modernes que je m'attache, et principallement à ceux qui n'ont pas sceu discerner la politesse du langage de ce siecle, et bien loin d'imiter nos derniers Autheurs, ont rempli leurs ouvrages d'un grand nombre d'antiquailles qui sont capables de donner de la repugnance, et de faire perdre le credit au sujet qu'ils ont traitté, sans considerer que l'ornement est mesmes necessaire aux plus belles choses.

Y a-t-il rien de plus desgoustant, qu'une mulcte pecuniaire ; un faire porter l'endosse ; un garousser ; un larder les passages ; un boucler le traitte ; avoir serment à quelqu'un ; se fermenter ; fermentation ; estre enlevain des anciennes jalousies, ou du traittement ; à grand randon ((Voyez le Soldat Suedois.) ; et une infinité de semblables ordures, et jusques à des fautes de Grammaire qu'il seroit trop long de rapporter en ce lieu.

Je laisse encore les Historiens à part, et veux parler des Grammairiens qui se sont meslez de toutes sortes de proses. Quel jugement peut-on faire d'un cartel de deffy qui commence, vous aviez chaussé vos lunettes de travers, etc. (Martin en ses Gram. page 513, page 508.) D'une lettre serieuse qui contient ces mots, vous vous en torchez les souliers. D'un compliment d'une Demoiselle à un honneste homme, Monsieur vous vous equivoquez prenant Paris pour Corbeil, ou pannier pour corbeille. D'un Ange de Greue pour Sergent ou geollier à Strasbourg, c'est proprement un crocheteur à Paris. Et ailleurs, les oreilles m'ont bien corné depuis n'a gueres, c'est que vous approchiez desja, je vous sentois de loin, et ce mot de corner, ne s'entend pas de la sorte, mais pour dire seulement que l'on parle d'une personne en son absence. Peut-on voir une plus grande improprieté qu'une lavandiere pour une blanchisseuse, on sçait bien que les lavandieres ne blanchissent pas d'ordinaire les rabats, et points couppez : et cette-cy est accompagnée de plusieurs autres que je laisse, pour ne pas importuner le Lecteur (Samuël Bernard au commencement de son 1. Dialogue. Diction. de Hulsius).

Touchant les Dictionnaires, ils sont si mal ordonnez que l'on n'a pas seulement eu le soin de marquer le bon d'avec le mauvais. Tesmoin ce Gentil-homme qui mit dans un poulet à une Maistresse, fille de haut parage, qu'il avoit tiré de l'Alleman et François, imprimé à Geneve, où n'en desplaise à Messieurs, l'on permet d'imprimer avec trop de facilité, et de fort mauvaises marchandises. Mais pour eviter ces inconvenients, qui sont capables de servir de risée à tout le monde, je vous conseille, Messieurs, au moins si je suis capable de vous conseiller, de vous servir doresnavant de bons livres. Il y a tant d'Histoires en bonnes langues. Vous avez les oeuvres de MONSIEUR DE MALHERBE : de MONSIEUR SILHON ; celles de MONSIEUR DE BALSAC, le recueil de MONSIEUR FARET : Et pour les Romans, L'ASTRÉE SA CONCLUSION : POLEXANDRE : ARIANE : POLIXENE : SA VRAYE SUITTE, et plusieurs autres belles choses des mesmes Autheurs, où l'on ne rencontrera jamais de pareilles absurditez.

Servez vous donc de cet advis, et prenez en gré ce que je vous donne. Adieu.

 

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