L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert
Discours préliminaire [1] [2] [3]

AVERTISSEMENT

Tous ceux qui ont travaillé à cette Encyclopédie devant répondre des articles qu'ils ont revûs ou composés, on a pris le parti de distinguer les articles de chacun par une lettre mise à la fin de l'article. Quelques circonstances, dont il est peu important d'instruire le Public, ont empêché qu'on ne suivît dans l'ordre des Lettres l'ordre Encyclopédique des matieres : mais c'est un léger inconvénient. Il suffit que l'Auteur de chaque article soit désigné de maniere qu'on ne puisse pas s'y tromper.

Les Articles qui n'ont point de lettres à la fin, ou qui ont une étoile au commencement, sont de M. Diderot : les premiers sont ceux qui lui appartiennent comme étant un des Auteurs de l'Encyclopédie ; les seconds sont ceux qu'il a suppléés comme Editeur.

Voici maintenant les autres suivant l'ordre alphabétique des lettres :

M. Goussier, (D)

M. l'Abbé de la Chapelle, (E)

On a oublié (E) à la fin de l'article Aigu.

M. Du Marsais, (F)

M. l'Abbé Mallet, (G)

On a oublié (G) à la fin d'Acte, & d'Alcoran.

M. Toussaint, (H)

M. Daubenton, (I)

M. d'Argenville, (K)

M. Tarin, (L)

On a mis (L) pour (M) à la fin d'Antimoine, & (L) pour (I) à la fin d'Abeille.

M. Malouin, (M)

M. de Vandenesse, (N)

M. d'Alembert, (O)

M. Blondel, (P)

M. Le Blond, (Q)

M. Landois, (R)

M. Rousseau de Genêve, (S)

M. le Roy, (T)

M. Eidous, (V)

M. l'Abbé Yvon, (X)

M. Louis, (Y)

On a oublié (Y) à la fin de l'article Accouchement.

M. Bellin, (Z)

On a mis (Z) pour (Q), à l'article Aide de Camp.

Nous avons eu soin d'avertir que les articles Aimant & Aiguille aimantée étoient en entier de M. le Monnier, Médecin, & nous avertirons de même de tous ceux qu'il nous donnera. Nous ferons la même chose pour M. de Cahusac, dont il n'y a point d'articles dans ce volume.

N. B. Lorsque plusieurs articles appartenant à la même matiere, & par conséquent faits ou revûs par la même personne, sont immédiatement consécutifs, on s'est contenté quelquefois de mettre la lettre distinctive à la fin du dernier de ces articles. Ainsi l'article Action ( Belles-Lettres ) & l'article Action en Poësie, sont censés marqués tous deux de la lettre ( G ), quoiqu'elle ne soit qu'à la fin du second ; de même la lettre ( F ) mise à la fin d'Adversatif appartient aux articles précédens Adverbe, Adverbial, Adverbialement.

* EXPLICATION DÉTAILLÉE DU SYSTEME DES CONNOISSANCES HUMAINES.

LES ETRES PHYSIQUES agissent sur les sens. Les impressions de ces Etres en excitent les perceptions dans l'Entendement. L'Entendement ne s'occupe de ses perceptions que de trois façons, selon ses trois facultés principales, la Mémoire, la Raison, l'Imagination. Ou l'Entendement fait un dénombrement pur & simple de ses perceptions par la Mémoire ; ou il les examine, les compare, & les digere par la Raison ; où il se plaît à les imiter & à les contrefaire par l'Imagination. D'où résulte une distribution générale de la Connoissance humaine, qui paroît assez bien fondée, en Histoire, qui se rapporte à la Mémoire ; en Philosophie, qui émane de la Raison ; & en Poësie, qui naît de l'Imagination.

MEMOIRE, d'où HISTOIRE.

L'HISTOIRE est des faits ; & les faits sont ou de Dieu, ou de l'homme, ou de la nature. Les faits qui sont de Dieu, appartiennent à l'Histoire Sacrée. Les faits qui sont de l'homme, appartiennent à l'Histoire Civile ; & les faits qui sont de la nature, se rapportent à l'Histoire Naturelle.

HISTOIRE - I. Sacrée. II. Civile. III. Naturelle.

I. L'Histoire Sacrée se distribue en Histoire Sacrée ou Ecclésiastique ; l'Histoire des Prophéties, où le récit a précédé l'évenement, est une branche de l'Histoire Sacrée.

II. L'Histoire Civile, cette branche de l'Histoire Universelle, cujus fidei exempla majorum, vicissitudines rerum, fundamenta prudentiae civilis, hominum denique nomen & fama commissa sunt, se distribue suivant ses objets en Histoire Civile proprement dite, & en Histoire Littéraire.

Les Sciences sont l'ouvrage de la réflexion & de la lumiere naturelle des hommes. Le Chancelier Bacon a donc raison de dire dans son admirable ouvrage de dignitate & augmento Scientiarum, que l'Histoire du Monde, sans l'Histoire des Savans, c'est la statue de Polipheme à qui on a arraché l'oeil.

L'Histoire Civile proprement dite, peut se sous-diviser en Mémoires, en Antiquités, & en Histoire complette. S'il est vrai que l'Histoire soit la peinture des tems passés, les Antiquités en sont des desseins presque toûjours endommagés, & l'Histoire complette un tableau dont les Mémoires sont les études.

III. La distribution de l'Histoire naturelle est donnée par la différence des faits de la Nature, & la différence des faits de la Nature, par la différence des états de la Nature. Ou la Nature est uniforme & suit un cours reglé, tel qu'on le remarque généralement dans les corps célestes, les animaux, les végétaux, &c. ou elle semble forcée & dérangée de son cours ordinaire, comme dans les monstres ; ou elle est contrainte & pliée à différens usages, comme dans les Arts. La Nature fait tout, ou dans son cours ordinaire & réglé, ou dans ses écarts, ou dans son emploi. Uniformité de la Nature, premiere Partie d'Histoire Naturelle. Erreurs ou Ecarts de la Nature, seconde Partie d'Histoire Naturelle. Usages de la Nature, troisieme Partie d'Histoire Naturelle.

Il est inutile de s'étendre sur les avantages de l'Histoire de la Nature uniforme. Mais si l'on nous demande à quoi peut servir l'Histoire de la Nature monstrueuse, nous répondrons, à passer des prodiges de ses écarts aux merveilles de l'Art ; à l'égarer encore ou à la remettre dans son chemin ; & sur-tout à corriger la témérité des Propositions générales, ut axiomatum corrigatur iniquitas.

Quant à l'Histoire de la Nature pliée à différens usages, on en pourroit faire une branche de l'Histoire Civile ; car l'Art en général est l'industrie de l'homme appliquée par ses besoins ou par son luxe, aux productions de la Nature. Quoi qu'il en soit, cette application ne se fait qu'en deux manieres, ou en rapprochant, ou en éloignant les corps naturels. L'homme peut quelque chose ou ne peut rien, selon que le rapprochement ou l'éloignement des corps naturels est ou n'est pas possible.

L'Histoire de la Nature uniforme se distribue suivant ses principaux objets, en Histoire Céleste, ou des Astres, de leurs mouvemens, apparences sensibles, &c. sans en expliquer la cause par des systèmes, des hypothèses, &c. il ne s'agit ici que des phénomenes purs. En Histoire des Météores, comme vents, pluies, tempêtes, tonnerres, aurores boréales, &c. En Histoire de la Terre & de la Mer, ou des montagnes, des fleuves, des rivieres, des courans, du flux & reflux, des sables, des terres, des forêts, des îles, des figures, des continens, &c. En Histoire des Minéraux, en Histoire des Végétaux, & en Histoire des Animaux. D'où resulte une Histoire des Elémens, de la Nature apparente, des effets sensibles, des mouvemens, &c. du Feu, de l'Air, de la Terre, & de l'Eau.

L'Histoire de la Nature monstrueuse doit suivre la même division. La Nature peut opérer des prodiges dans les Cieux, dans les régions de l'Air, sur la surface de la Terre, dans ses entrailles, au fond des Mers, &c. en tout & par-tout.

L'Histoire de la Nature employée est aussi étendue que les différens usages que les hommes font de ses productions dans les Arts, les Métiers, & les Manufactures. Il n'y a aucun effet de l'industrie de l'homme, qu'on ne puisse rappeller à quelque production de la Nature. On rappellera au travail & à l'emploi de l'Or & de l'Argent, les Arts du Monnoyeur, du Batteur-d'Or, du Fileur-d'Or, du Tireur-d'Or, du Planeur, &c. au travail & à l'emploi des Pierres précieuses, les Arts du Lapidaire, du Diamantaire, du Joaillier, du Graveur en Pierres fines, &c. au travail & à l'emploi du Fer, les Grosses-Forges, la Serrurerie, la Taillanderie, l'Armurerie, l'Arquebuserie, la Coutellerie, &c. au travail & à l'emploi du Verre, la Verrerie, les Glaces, l'Art du Miroitier, du Vitrier, &c. au travail & à l'emploi des Peaux, les Arts de Chamoiseur, Tanneur, Peaucier, &c. au travail & à l'emploi de la Laine & de la Soie, son tirage, son moulinage, les Arts de Drapiers, Passementiers, Galonniers, Boutonniers, Ouvriers en velours, Satins, Damas, étoffes brochées, Lustrines, &c. au travail & à l'emploi de la Terre, la Poterie de terre, la Fayence, la Porcelaine, &c. au travail & à l'emploi de la Pierre, la partie méchanique de l'Architecte, du Sculpteur, du Stuccateur, &c. au travail & à l'emploi des Bois, la Menuiserie, la Charpenterie, la Marquetterie, la Tabletterie, &c. & ainsi de toutes les autres matieres, & de tous les autres Arts, qui sont au nombre de plus de deux cens cinquante. On a vû dans le Discours préliminaire comment nous nous sommes proposé de traiter de chacun.

Voilà tout l'Historique de la connoissance humaine ; ce qu'il en faut rapporter à la Mémoire, & ce qui doit être la matiere premiere du Philosophe.

RAISON, d'où PHILOSOPHIE.

LA PHILOSOPHIE, ou la portion de la connoissance humaine qu'il faut rapporter à la Raison, est très-étendue. Il n'est presqu'aucun objet apperçu par les sens, dont la réflexion n'ait fait une Science. Mais dans la multitude de ces objets, il y en a quelques-uns qui se font remarquer par leur importance, quibus abscinditur infinitum, & auxquels on peut rapporter toutes les Sciences. Ces chefs sont Dieu, à la connoissance duquel l'homme s'est élevé par la réflexion sur l'Histoire Naturelle & sur l'Histoire Sacrée : l'Homme qui est sûr de son existence par conscience ou sens interne ; la Nature dont l'homme a appris l'Histoire par l'usage des sens extérieurs. Dieu, l'Homme, & la Nature, nous fourniront donc une distribution générale de la Philosophie ou de la Science (car ces mots sont synonymes) ; & la Philosophie ou Science, sera Science de Dieu, Science de l'Homme, & Science de la Nature.

PHILOSOPHIE ou SCIENCE. I. Science de Dieu. II. Science de l'Homme. III. Science de la Nature.

I. Science de Dieu. Le progrès naturel de l'esprit humain est de s'élever des individus aux especes, des especes aux genres, des genres prochains aux genres éloignés, & de former à chaque pas une Science ; ou du moins d'ajoûter une branche nouvelle à quelque Science déja formée : ainsi la notion d'une Intelligence incréée, infinie, &c. que nous rencontrons dans la Nature, & que l'Histoire sacrée nous annonce ; & celle d'une Intelligence créée, finie & unie à un corps que nous appercevons dans l'homme, & que nous supposons dans la brute, nous ont conduits à la notion d'une Intelligence créée, finie, qui n'auroit point de corps ; & de-là, à la notion générale de l'Esprit. De plus les propriétés générales des Etres, tant spirituels que corporels, étant l'existence, la possibilité, la durée, la substance, l'attribut, &c. on a examiné ces propriétés, & on en a formé l'Ontologie, ou Science de l'Etre en général. Nous avons donc eu dans un ordre renversé, d'abord l'Ontologie ; ensuite la Science de l'Esprit, ou la Pneumatologie, ou ce qu'on appelle communément Métaphysique particuliere : & cette Science s'est distribuée en Science de Dieu, ou Théologie naturelle, qu'il a plû à Dieu de rectifier & de sanctifier par la Révélation, d'où Religion & Théologie proprement dite ; d'où par abus, Superstition. En doctrine des Esprits bien & malfaisans, ou des Anges & des Démons ; d'où Divination, & la chimere de la Magie noire. En Science de l'Ame qu'on a sous-divisée en Science de l'Ame raisonnable qui conçoit, & en Science de l'Ame sensitive, qui se borne aux sensations.

II. Science de l'Homme. La distribution de la Science de l'Homme nous est donnée par celle de ses facultés. Les facultés principales de l'Homme, sont l'Entendement, & la Volonté ; l'Entendement, qu'il faut diriger à la Vérité ; la Volonté, qu'il faut plier à la Vertu. L'un est le but de la Logique ; l'autre est celui de la Morale.
La Logique peut se distribuer en Art de penser, en Art de retenir ses pensées, & en Art de les communiquer.

L'Art de penser a autant de branches, que l'Entendement a d'opérations principales. Mais on distingue dans l'Entendement quatre opérations principales, l'Appréhension, le Jugement, le Raisonnement, & la Méthode. On peut rapporter à l'Appréhension, la Doctrine des Idées ou Perceptions ; au Jugement, celle des Propositions ; au Raisonnement & à la Méthode, celle de l'Induction & de la Démonstration. Mais dans la Démonstration, où l'on remonte de la chose à démontrer aux premiers principes ; ou l'on descend des premiers principes à la chose à démontrer : d'où naissent l'Analyse & la Synthèse.

L'Art de Retenir a deux branches, la Science de la Mémoire même, & la Science des supplémens de la Mémoire. La Mémoire que nous avons considérée d'abord comme une faculté purement passive, & que nous considérons ici comme une puissance active que la raison peut perfectionner, est ou Naturelle, ou Artificielle. La Mémoire naturelle est une affection des organes ; l'Artificielle consiste dans la Prénotion & dans l'Emblème ; la Prénotion sans laquelle rien en particulier n'est présent à l'esprit ; l'Emblème par lequel l'Imagination est appellée au secours de la Mémoire.

Les Représentations artificielles sont le Supplément de la Mémoire. L'Ecriture est une de ces représentations : mais on se sert en écrivant, ou des Caracteres courans, ou de Caracteres particuliers. On appelle la collection des premiers, l'Alphabet ; les autres se nomment Chiffres : d'où naissent les Arts de lire, d'écrire, de déchiffrer, & la Science de l'Orthographe.

L'Art de Transmettre se distribue en Science de l'Instrument du Discours, & en Science des qualités du Discours. La Science de l'Instrument du Discours s'appelle Grammaire. La Science des qualités du Discours, Rhétorique.

La Grammaire se distribue en Science des Signes, de la Prononciation, de la Construction, & de la Syntaxe. Les Signes sont les sons articulés ; la Prononciation ou Prosodie, l'Art de les articuler ; la Syntaxe, l'Art de les appliquer aux différentes vûes de l'esprit, & la Construction, la connoissance de l'ordre qu'ils doivent avoir dans le Discours, fondé sur l'usage & sur la réflexion. Mais il y a d'autres Signes de la pensée que les sons articulés ; savoir le Geste, & les Caracteres. Les Caracteres sont ou idéaux, ou hiéroglyphiques, ou héraldiques. Idéaux, tels que ceux des Indiens qui marquent chacun une idée, & qu'il faut par conséquent multiplier autant qu'il y a d'êtres réels. Hiéroglyphiques, qui sont l'écriture du Monde dans son enfance. Héraldiques, qui forment ce que nous appellons la Science du Blason.

C'est aussi à l'Art de transmettre, qu'il faut rapporter la Critique, la Paedagogique, & la Philologie. La Critique, qui restitue dans les Auteurs les endroits corrompus, donne des éditions, &c. La Paedagogique, qui traite du choix des Etudes, & de la maniere d'enseigner. La Philologie, qui s'occupe de la connoissance de la Littérature universelle.

C'est à l'Art d'embellir le Discours, qu'il faut rapporter la Versification, ou la méchanique de la Poësie. Nous omettrons la distribution de la Rhétorique dans ses différentes parties, parce qu'il n'en découle ni Science, ni Art, si ce n'est peut-être la Pantomime, du Geste ; & du Geste & de la Voix, la Déclamation.

La Morale, dont nous avons fait la seconde partie de la Science de l'Homme, est ou générale ou particuliere. Celle-ci se distribue en Jurisprudence Naturelle, Oeconomique & Politique. La Jurisprudence Naturelle est la Science des devoirs de l'Homme seul ; l'Oeconomique, la Science des devoirs de l'Homme en famille ; la Politique, celle des devoirs de l'Homme en société. Mais la Morale seroit incomplette, si ces Traités n'étoient précédés de celui de la réalité du bien & du mal moral ; de la nécessité de remplir ses devoirs, d'être bon, juste, vertueux, &c. c'est l'objet de la Morale générale.
Si l'on considere que les sociétés ne sont pas moins obligées d'être vertueuses que les particuliers, on verra naître les devoirs des sociétés, qu'on pourroit appeler Jurisprudence naturelle d'une société ; Oeconomique d'une société ; Commerce intérieur, extérieur, de terre & de mer ; & Politique d'une société.

III. Science de la Nature. Nous distribuerons la Science de la Nature en Physique & Mathématique. Nous tenons encore cette distribution de la réflexion & de notre penchant à généraliser. Nous avons pris par les sens la connoissance des individus réels : Soleil, Lune, Sirius, &c. Astres ; Air, Feu, Terre, Eau, &c. Elémens : Pluies, Neiges, Grêles, Tonnerres, &c. Météores ; & ainsi du reste de l'Histoire Naturelle. Nous avons pris en même tems la connoissance des abstraits, couleur, son, saveur, odeur, densité, rareté, chaleur, froid, mollesse, dureté, fluidité, solidité, roideur, élasticité, pesanteur, légereté, &c. figure, distance, mouvement, repos, durée, étendue, quantité, impénétrabilité.
Nous avons vû par la réflexion que de ces abstraits, les uns convenoient à tous les individus corporels, comme étendue, mouvement, impénétrabilité, &c. Nous en avons fait l'objet de la Physique générale, ou métaphysique des corps ; & ces mêmes propriétés considérées dans chaque individu en particulier, avec les variétés qui les distinguent, comme la dureté, le ressort, la fluidité, &c. font l'objet de la Physique particuliere.

Une autre propriété plus générale des corps, & que supposent toutes les autres, savoir la quantité, a formé l'objet des Mathématiques. On appelle quantité ou grandeur tout ce qui peut être augmenté & diminué.

La quantité, objet des Mathématiques, pouvoit être considérée, ou seule & indépendamment des individus réels, & des individus abstraits dont on en tenoit la connoissance ; ou dans ces individus réels & abstraits ; ou dans leurs effets recherchés d'après des causes réelles ou supposées ; & cette seconde vûe de la réflexion a distribué les Mathématiques en Mathématiques pures, Mathématiques mixtes, Physico-mathématiques.

La quantité abstraite, objet des Mathématiques pures, est ou nombrable, ou étendue. La quantité abstraite nombrable est devenue l'objet de l'Arithmétique ; & la quantité abstraite étendue, celui de la Géométrie.

L'Arithmétique se distribue en Arithmétique numérique ou par Chiffres, & en Algebre ou Arithmétique universelle par Lettres, qui n'est autre chose que le calcul des grandeurs en général, & dont les opérations ne sont proprement que des opérations arithmétiques indiquées d'une maniere abrégée : car, à parler exactement, il n'y a calcul que de nombres.

L'Algebre est élémentaire ou infinitésimale, selon la nature des quantités auxquelles on l'applique. L'infinitésimale est ou différentielle ou intégrale : différentielle, quand il s'agit de descendre de l'expression d'une quantité finie, ou considérée comme telle, à l'expression de son accroissement, ou de sa diminution instantanée ; intégrale, quand il s'agit de remonter de cette expression à la quantité finie même.

La Géométrie, ou a pour objet primitif les propriétés du cercle & de la ligne droite, ou embrasse dans ses spéculations toutes sortes de courbes : ce qui la distribue en élémentaire & en transcendante.

Les Mathématiques mixtes ont autant de divisions & de sous-divisions, qu'il y a d'êtres réels dans lesquels la quantité peut être considérée. La quantité considérée dans les corps en tant que mobiles, ou tendans à se mouvoir, est l'objet de la Méchanique. La Méchanique a deux branches, la Statique & la Dynamique. La Statique a pour objet la quantité considérée dans les corps en équilibre, & tendans seulement à se mouvoir. La Dynamique a pour objet la quantité considérée dans les corps actuellement mûs. La Statique & la Dynamique ont chacune deux parties. La Statique se distribue en Statique proprement dite, qui a pour objet la quantité considérée dans les corps solides en équilibre, & tendans seulement à se mouvoir ; & en Hydrostatique, qui a pour objet la quantité considérée dans les corps fluides en équilibre, & tendans seulement à se mouvoir. La Dynamique se distribue en Dynamique proprement dite, qui a pour objet la quantité considérée dans les corps solides actuellement mûs ; & en Hydrodynamique, qui a pour objet la quantité considérée dans les corps fluides actuellement mûs. Mais si l'on considere la quantité dans les eaux actuellement mûes, l'Hydrodynamique prend alors le nom d'Hydraulique. On pourroit rapporter la Navigation à l'Hydrodynamique, & la Ballistique ou le jet des Bombes, à la Méchanique.

La quantité considérée dans les mouvemens des Corps Célestes, donne l'Astronomie géométrique ; d'où la Cosmographie ou Description de l'Univers, qui se divise en Uranographie ou Description du Ciel ; en Hydrographie ou Description des Eaux ; & en Géographie ; d'où encore la Chronologie, & la Gnomonique ou l'Art de construire des Cadrans.

La quantité considérée dans la lumiere, donne l'Optique. Et la quantité considérée dans le mouvement de la lumiere, les différentes branches d'Optique. Lumiere mûe en ligne directe, Optique proprement dite ; lumiere réfléchie dans un seul & même milieu, Catoptrique ; lumiere rompue en passant d'un milieu dans un autre, Dioptrique. C'est à l'Optique qu'il faut rapporter la Perspective.

La quantité considérée dans le son, dans sa véhémence, son mouvement, ses degrés, ses réflexions, sa vîtesse, &c. donne l'Acoustique.

La quantité considérée dans l'air, sa pesanteur, son mouvement, sa condensation, raréfaction, &c. donne la Pneumatique.

La quantité considérée dans la possibilité des événemens, donne l'Art de conjecturer, d'où naît l'Analyse des Jeux de hazard.

L'objet des Sciences Mathématiques étant purement intellectuel, il ne faut pas s'étonner de l'exactitude de ses divisions.

La Physique particuliere doit suivre la même distribution que l'Histoire Naturelle. De l'Histoire, prise par les sens, des Astres, de leurs mouvemens, apparences sensibles, &c. la réflexion a passé à la recherche de leur origine, des causes de leurs phénomenes, &c. & a produit la Science qu'on appelle Astronomie physique, à laquelle il faut rapporter la Science de leurs influences, qu'on nomme Astrologie ; d'où l'Astrologie physique, & la chimere de l'Astrologie judiciaire. De l'Histoire prise par les sens, des vents, des pluies, grêles, tonnerres, &c. la réflexion a passé à la recherche de leurs origines, causes, effets, &c. & a produit la Science qu'on appelle Météorologie.

De l'Histoire, prise par les sens, de la Mer, de la Terre, des fleuves, des rivieres, des montagnes, des flux & reflux, &c. la réflexion a passé à la recherche de leurs causes, origines, &c. & a donné lieu à la Cosmologie ou Science de l'Univers, qui se distribue en Uranologie ou Science du Ciel, en Aerologie ou Science de l'Air, en Géologie ou Science des Continens, & en Hydrologie ou Science des Eaux. De l'Histoire des Mines, prise par les sens, la réflexion a passé à la recherche de leur formation, travail, &c. & a donné lieu à la Science qu'on nomme Minéralogie. De l'Histoire des Plantes, prise par les sens, la réflexion a passé à la recherche de leur oeconomie, propagation, culture, végétation, &c. & a engendré la Botanique, dont l'Agriculture & le Jardinage sont deux branches.

De l'Histoire des Animaux, prise par les sens, la réflexion a passé à la recherche de leur conservation, propagation, usage, organisation, &c. & a produit la Science qu'on nomme Zoologie ; d'où sont émanés la Médecine, la Vétérinaire, & le Manége ; la Chasse, la Pêche, & la Fauconnerie ; l'Anatomie simple & comparée. La Médecine (suivant la division de Boerhaave) ou s'occupe de l'oeconomie du corps humain & raisonne son anatomie, d'où naît la Physiologie : ou s'occupe de la maniere de le garantir des maladies, & s'appelle Hygienne : ou considere le corps malade, & traite des causes, des différences, & des symptomes des maladies, & s'appelle Pathologie : ou a pour objet les signes de la vie, de la santé, & des maladies, leur diagnostic & prognostic, & prend le nom de Séméiotique : ou enseigne l'Art de guérir, & se sous-divise en Diete, Pharmacie & Chirurgie, les trois branches de la Thérapeutique.

L'Hygienne peut se considérer relativement à la santé du corps, à sa beauté, & à ses forces ; & se sous-diviser en Hygienne proprement dite, en Cosmétique, & en Athlétique. La Cosmétique donnera l'Orthopédie, ou l'Art de procurer aux membres une belle conformation ; & l'Athlétique donnera la Gymnastique ou l'Art de les exercer.

De la connoissance expérimentale ou de l'Histoire prise par les sens, des qualités extérieures, sensibles, apparentes, &c. des corps naturels, la réflexion nous a conduit à la recherche artificielle de leurs propriétés intérieures & occultes ; & cet Art s'est appellé Chimie. La Chimie est imitatrice & rivale de la Nature : son objet est presque aussi étendu que celui de la Nature même : ou elle décompose les Etres ; ou elle les revivifie ; ou elle les transforme, &c. La Chimie a donné naissance à l'Alchimie & à la Magie naturelle. La Métallurgie ou l'Art de traiter les Métaux en grand, est une branche importante de la Chimie. On peut encore rapporter à cet Art la Teinture.

La Nature a ses écarts, & la raison ses abus. Nous avons rapporté les monstres aux écarts de la Nature ; & c'est à l'abus de la Raison qu'il faut rapporter toutes les Sciences & tous les Arts, qui ne montrent que l'avidité, la méchanceté, la superstition de l'Homme, & qui le deshonorent.

Voilà tout le Philosophique de la connoissance humaine, & ce qu'il en faut rapporter à la Raison.

IMAGINATION, d'où POESIE.

L'HISTOIRE a pour objet les individus réellement existans, ou qui ont existé ; & la Poësie, les individus imaginés à l'imitation des Etres historiques. Il ne seroit donc pas étonnant que la Poësie suivît une des distributions de l'Histoire. Mais les différens genres de Poësie, & la différence de ses sujets, nous en offrent deux distributions très-naturelles. Ou le sujet d'un Poëme est sacré, ou il est prophane : ou le Poëte raconte des choses passées, ou il les rend présentes, en les mettant en action ; ou il donne du corps à des Etres abstraits & intellectuels. La premiere de ces Poësies sera Narrative : la seconde, Dramatique : la troisieme, Parabolique. Le Poëme Epique, le Madrigal, l'Epigramme, &c. sont ordinairement de Poësie narrative. La Tragédie, la Comédie, l'Opéra, l'Eglogue, &c. de Poësie dramatique ; & les Allégories, &c. de Poësie paraboliques.

POESIE. I. Narrative. II. Dramatique. III. Parabolique.

Nous n'entendons ici par Poësie que ce qui est Fiction. Comme il peut y avoir Versification sans Poësie & Poësie sans Versification, nous avons crû devoir regarder la Versification comme une qualité du style, & la renvoyer à l'Art Oratoire. En revanche, nous rapporterons l'Architecture, la Musique, la Peinture, la Sculpture, la Gravure, &c. à la Poësie ; car il n'est pas moins vrai de dire du Peintre qu'il est un Poëte, que du Poëte qu'il est un Peintre ; & du Sculpteur ou Graveur, qu'il est un Peintre en relief ou en creux, que du Musicien qu'il est un Peintre par les sons. Le Poëte, le Musicien, le Peintre, le Sculpteur, le Graveur, &c. imitent ou contre-font la Nature : mais l'un emploie le discours ; l'autre, les couleurs ; le troisieme, le marbre, l'airain, &c. & le dernier, l'instrument ou la voix. La Musique est Théorique ou Pratique ; Instrumentale ou Vocale. A l'égard de l'Architecte, il n'imite la Nature qu'imparfaitement par la symétrie de ses Ouvrages. Voyez le Discours Préliminaire.

La Poësie a ses monstres comme la Nature ; il faut mettre de ce nombre toutes les productions de l'imagination déreglée, & il peut y avoir de ces productions en tous genres.

Voilà toute la Partie Poëtique de la Connoissance humaine ; ce qu'on en peut rapporter à l'Imagination, & la fin de notre Distribution Généalogique (ou si l'on veut Mappemonde) des Sciences & des Arts, que nous craindrions peut-être d'avoir trop détaillée, s'il n'étoit de la derniere importance de bien connoître nous-mêmes, & d'exposer clairement aux autres, l'objet d'une Encyclopédie.

* OBSERVATIONS SUR LA DIVISION DES SCIENCES DU CHANCELIER BACON.

I. Nous avons avoüé en plusieurs endroits du Prospectus, que nous avions l'obligation principale de notre Arbre encyclopédique au Chancelier Bacon. L'éloge qu'on a lû de ce grand homme dans le Prospectus paroît même avoir contribué à faire connoître à plusieurs personnes les Ouvrages du Philosophe Anglois. Ainsi, après un aveu aussi formel, il ne doit être permis ni de nous accuser de plagiat, ni de chercher à nous en faire soupçonner.

II. Cet aveu n'empêche pas néanmoins qu'il n'y ait un très-grand nombre de choses, sur-tout dans la Branche philosophique, que nous ne devons nullement à Bacon : il est facile au Lecteur d'en juger. Mais, pour appercevoir le rapport & la différence des deux Arbres, il ne faut pas seulement examiner si on y a parlé des mêmes choses, il faut voir si la disposition est la même. Tous les Arbres encyclopédiques se ressemblent nécessairement par la matiere ; l'ordre seul & l'arrangement des branches peuvent les distinguer. On trouve à-peu-près les mêmes noms des Sciences dans l'Arbre de Chambers & dans le nôtre. Rien n'est cependant plus différent.

III. Il ne s'agit point ici des raisons que nous avons eues de suivre un autre ordre que Bacon. Nous en avons exposé quelques-unes ; il seroit trop long de détailler les autres, surtout dans une matiere d'où l'arbitraire ne sauroit être tout-à-fait exclu. Quoi qu'il en soit, c'est aux Philosophes, c'est-à-dire, à un très-petit nombre de gens, à nous juger sur ce point.

IV. Quelques divisions comme celle des Mathématiques en pures & en mixtes, qui nous sont communes avec Bacon, se trouvent par-tout, & sont par conséquent à tout le monde. Notre division de la Medecine est de Boerhaave ; on en a averti dans le Prospectus.

V. Enfin, comme nous avons fait quelques changemens à l'Arbre du Prospectus, ceux qui voudront comparer cet Arbre du Prospectus avec celui de Bacon, doivent avoir égard à ces changemens.

VI. Voilà les principes d'où il faut partir, pour faire le parallele des deux Arbres avec un peu d'équité & de Philosophie.


SYSTEME GENERAL DE LA CONNOISSANCE HUMAINE SUIVANT LE CHANCELIER BACON.

Division générale de la Science humaine en Histoire, Poësie & Philosophie, selon les trois facultés de l'Entendement, Mémoire, Imagination, Raison.
Bacon observe que cette division peut aussi s'appliquer à la Théologie. On avoit suivi dans un endroit du Prospectus cette derniere idée : mais on l'a abandonnée depuis, parce qu'elle a paru plus ingénieuse que solide.

I.Division de l'Histoire, en naturelle & civile.

Histoire naturelle se divise en Histoire des productions de la Nature, Histoire des écarts de la Nature, Histoire des emplois de la Nature ou des Arts.

Seconde division de l'Histoire naturelle tirée de sa fin & de son usage, en Histoire proprement dite & Histoire raisonnée.

Division des productions de la Nature, en Histoire des choses célestes, des météores, de l'air, de la terre & de la mer, des élémens, des especes particulieres d'individus.

Division de l'Histoire civile en ecclésiastique, en littéraire & en civile proprement dite.

Premiere division de l'Histoire civile proprement dite, en Mémoires, Antiquités, Histoire complette.

Division de l'Histoire complette en Chroniques, Vies, & Relations.

Division de l'Histoire des tems en générale & en particuliere.

Autre division de l'Histoire des tems en Annales & Journaux.

Seconde division de l'Histoire civile en pure & en mixte.

Division de l'Histoire ecclésiastique en Histoire ecclésiastique particuliere, Histoire des Prophéties, qui contient la Prophétie & l'accomplissement, & Histoire de ce que Bacon appelle Nemesis, ou la Providence, c'est-à-dire de l'accord qui se remarque quelquefois entre la volonté révelée de Dieu, & sa volonté secrette.

Division de la partie de l'Histoire qui roule sur les dits notables des hommes, en Lettres & Apophthegmes.

II.Division de la Poësie en narrative, dramatique, & parabolique.

III.Division générale de la Science en Théologie sacrée & Philosophie.

Division de la Philosophie en Science de Dieu, Science de la Nature, Science de l'Homme.

Philosophie premiere, ou Science des Axiomes, qui s'étend à toutes les branches de la Philosophie. Autre branche de cette Philosophie premiere, qui traite des qualités transcendantes des êtres, peu, beaucoup, semblable, différent, être, non être, &c.
Science des Anges & des esprits, suite de la Science de Dieu, ou Théologie naturelle.
Division de la Science de la nature, ou Philosophie naturelle, en spéculative & pratique.
Division de la Science spéculative de la Nature en Physique particuliere & Métaphysique ; la premiere ayant pour objet la cause efficiente & la matiere ; & la Métaphysique, la cause finale & la forme.

Division de la Physique en Science des principes des choses, Science de la formation des choses, ou du monde, & Science de la variété des choses.
Division de la Science de la variété des choses en Science des concrets, & Science des abstraits.

Division de la Science des concrets dans les mêmes branches que l'Histoire naturelle.

Division de la Science des abstraits en Science des propriétés particulieres des différens corps, comme densité, légereté, pesanteur, élasticité, mollesse, &c. & Science des mouvemens dont le Chancelier Bacon fait une énumération assez longue, conformément aux idées des scholastiques.

Branches de la Philosophie spéculative, qui consistent dans les Problèmes naturels, & les sentimens des anciens Philosophes.

Division de la Métaphysique en Science des formes & Science des causes finales.

Division de la Science pratique de la Nature en Méchanique & Magie naturelle.

Branches de la Science pratique de la Nature, qui consistent dans le dénombrement des richesses humaines, naturelles ou artificielles, dont les hommes joüissent & dont ils ont joüi, & le catalogue des Polychrestes.

Branche considérable de la Philosophie naturelle, tant spéculative que pratique, appellée Mathématiques. Division des Mathématiques en pures, en mixtes. Division des Mathématiques pures en Géométrie & Arithmétique. Division des Mathématiques mixtes en Perspective, Musique, Astronomie, Cosmographie, Architecture, Science des machines, & quelques autres.

Division de la Science de l'homme, en Science de l'homme proprement dite, & Science civile.

Division de la Science de l'homme en Science du corps humain, & Science de l'ame humaine.

Division de la Science du corps humain en Medecine, Cosmétique, Athlétique, & Science des plaisirs des sens. Division de la Medecine en trois parties, Art de conserver la santé, Art de guérir les maladies, Art de prolonger la vie. Peinture, Musique, &c. Branche de la Science des plaisirs.

Division de la Science de l'ame en Science du souffle divin, d'où est sortie l'ame raisonnable, & Science de l'ame irrationnelle, qui nous est commune avec les brutes, & qui est produite du limon de la terre.

Autre division de la Science de l'ame, en Science de la substance de l'ame, Science de ses facultés, & Science de l'usage & de l'objet de ces facultés : de cette derniere résultent la Divination naturelle & artificielle, &c.

Division des facultés de l'ame sensible, en mouvement & sentiment.

Division de la Science de l'usage, & de l'objet des facultés de l'ame, en Logique & Morale.

Division de la Logique en Art d'inventer, de juger, de retenir, & de communiquer.

Division de l'Art d'inventer en invention des Sciences ou des Arts, & invention des Argumens.

Division de l'Art de juger, en jugement par induction, & jugement par syllogisme.

Division de l'Art du syllogisme en Analyse, & principes pour démêler facilement le vrai du faux.

Science de l'Analogie, branche de l'Art de juger.

Division de l'Art de retenir, en Science de ce qui peut aider la mémoire, & Science de la mémoire même.

Division de la Science de la mémoire, en prénotion & emblème.

Division de la Science de communiquer, en Science de l'instrument du discours, Science de la méthode du discours, & Science des ornemens du discours, ou Rhétorique.

Division de la Science de l'instrument du discours, en Science générale des signes, & en Grammaire, qui se divise en Science du langage, & Science de l'écriture.

Division de la Science des signes, en hyéroglyphes & gestes, & en caracteres réels.
Seconde division de la Grammaire, en littéraire & philosophique.

Art de la Versification & Prosodie, branches de la Science du langage.

Art de déchiffrer, branche de l'Art d'écrire.

Critique & Pédagogie, branches de l'Art de communiquer.

Division de la Morale en Science de l'objet que l'ame doit se proposer, c'est-à-dire, du bien moral, & Science de la culture de l'ame. L'Auteur fait à ce sujet beaucoup de divisions qu'il est inutile de rapporter.

Division de la Science civile, en Science de la conversation, Science des affaires, & Science de l'Etat. Nous en omettons les divisions.

L'Auteur finit par quelques réflexions sur l'usage de la Théologie sacrée, qu'il ne divise en aucunes branches.

Voilà dans son ordre naturel, & sans démembrement ni mutilation, l'Arbre du Chancelier Bacon. On voit que l'article de la Logique est celui où nous l'avons le plus suivi, encore avons-nous crû devoir y faire plusieurs changemens. Au reste, nous le répétons, c'est aux Philosophes à nous juger sur les changemens que nous avons faits : nos autres Lecteurs prendront sans doute peu de part à cette question, qu'il étoit pourtant nécessaire d'éclaircir ; & ils ne se souviendront que de l'aveu formel que nous avons fait dans le Prospectus, d'avoir l'obligation principale de notre Arbre au Chancelier Bacon ; aveu qui doit nous concilier tout juge impartial & desintéressé.


AVERTISSEMENT.

Lorsque nous commençâmes à nous occuper de cette Entreprise, la plus vaste peut-être qu'on ait jamais conçue en Littérature, nous ne nous attendions qu'aux difficultés qui naîtroient de l'étendue & de la variété de son objet ; mais ce fut une illusion passagere, & nous ne tardâmes pas à voir la multitude des obstacles physiques que nous avions pressentis, s'accroître d'une infinité d'obstacles moraux auxquels nous n'étions nullement préparés. Le monde a beau vieillir, il ne change pas ; il se peut que l'individu se perfectionne, mais la masse de l'espece ne devient ni meilleure ni pire ; la somme des passions malfaisantes reste la même, & les ennemis de toute chose bonne & utile sont sans nombre aujourd'hui comme autrefois.

De toutes les persécutions qu'ont eu à souffrir dans tous les tems & chez tous les peuples, ceux qui se sont livrés à la séduisante & dangereuse émulation d'inscrire leurs noms dans la liste des bienfaiteurs du genre humain, il n'en est presqu'aucune qu'on n'ait exercée contre nous. Ce que l'Histoire nous a transmis des noirceurs de l'envie, du mensonge, de l'ignorance, & du fanatisme, nous l'avons éprouvé. Dans l'espace de vingt années consécutives, à peine pouvons-nous compter quelques instans de repos. Après des journées consumées dans un travail ingrat & continu, que de nuits passées dans l'attente des maux que la méchanceté cherchoit à nous attirer ! Combien de fois ne nous sommes-nous pas levés incertains, si cédant aux cris de la calomnie, nous ne nous arracherions pas à nos parens, à nos amis, à nos concitoyens, pour aller sous un ciel étranger chercher la tranquillité qui nous étoit nécessaire, & la protection qu'on nous y offroit ! Mais notre patrie nous étoit chere, & nous avons toujours attendu que la prévention fît place à la justice. Tel est d'ailleurs le caractere de l'homme qui s'est proposé le bien, & qui s'en rend à lui-même le témoignage, que son courage s'irrite des obstacles qu'on lui oppose, tandis que son innocence lui dérobe ou lui fait mépriser les périls qui le menacent. L'homme de bien est susceptible d'un enthousiasme que le méchant ne connoit pas.

Le sentiment honnête & généreux qui nous a soutenus, nous l'avons aussi rencontré dans les autres. Tous nos Collegues se sont empressés à nous seconder ; & c'est lorsque nos ennemis se félicitoient de nous avoir accablés, que nous avons vu des hommes de lettres & des gens du monde qui s'étoient jusqu'alors contentés de nous encourager & de nous plaindre, venir à notre secours & s'associer à nos travaux. Que ne nous est-il permis de désigner à la reconnoissance publique tous ces habiles & courageux auxiliaires ! mais puisqu'il n'en est qu'un seul que nous ayons la liberté de nommer, tâchons du-moins de le remercier dignement. C'est M. le Chevalier de Jaucourt.

Si nous avons poussé le cri de joie du matelot, lorsqu'il apperçoit la terre, après une nuit obscure qui l'a tenu égaré entre le ciel & les eaux, c'est à M. le Chevalier de Jaucourt que nous le devons. Que n'a-t-il pas fait pour nous, sur-tout dans ces derniers tems ? Avec quelle constance ne s'est-il pas refusé à des sollicitations tendres & puissantes qui cherchoient à nous l'enlever ? Jamais le sacrifice du repos, de l'intérêt & de la santé ne s'est fait plus entier & plus absolu. Les recherches les plus pénibles & les plus ingrates ne l'ont point rebuté. Il s'en est occupé sans relâche, satisfait de lui-même, s'il pouvoit en épargner aux autres le dégoût. Mais c'est à chaque feuille de cet Ouvrage à suppléer ce qui manque à notre éloge ; il n'en est aucune qui n'atteste & la variété de ses connoissances & l'étendue de ses secours.

Le Public a jugé les sept premiers volumes ; nous ne demandons pour ceux-ci que la même indulgence. Si l'on ne veut pas regarder ce Dictionnaire comme un grand & bel ouvrage, on sera d'accord avec nous, pourvû qu'on ne nous envie pas jusqu'à l'avantage d'en avoir préparé les matériaux. Du point d'où nous sommes partis jusqu'au point où nous sommes arrivés, l'intervalle étoit immense ; & pour atteindre le but que nous avons eu la hardiesse ou la témérité de nous proposer, peut-être ne nous a-t-il manqué que de trouver la chose où nous la laissons, & d'avoir eu à commencer où nous avons fini. Graces à nos travaux, ceux qui viendront après nous, pourront aller plus loin. Sans prononcer sur ce qu'ils auront encore à faire, nous leur transmettrons du-moins le plus beau recueil d'instrumens & de machines qui ait existé, avec les Planches relatives aux arts méchaniques *, la description la plus complette qu'on en ait encore donnée, & sur toutes les sciences une infinité de morceaux précieux. O nos Compatriotes & nos Contemporains, avec quelque sévérité que vous jugiez cet Ouvrage, rappellez-vous qu'il a été entrepris, continué, achevé par un petit nombre d'hommes isolés, traversés dans leurs vues, montrés sous les aspects les plus odieux, calomniés & outragés de la maniere la plus atroce, n'ayant d'autre encouragement que l'amour du bien, d'autre appui que quelques suffrages, d'autres secours que ceux qu'ils ont trouvés dans la confiance de trois ou quatre commerçans.

* Nous prévenons ici qu'on a suppléé des détails importans à la plûpart de ces arts, par des explications très-étendues & très-instructives qu'on trouvera au Recueil des Planches, à la tête de celles qui les concernent ; & que quant à d'autres arts, que la célérité de l'édition n'a pas permis de placer selon leur ordre alphabétique, on en a renvoyé la description entiere soit à la fin du dix-septieme Volume de Discours, soit au Recueil même des Planches ; en sorte que les Volumes de Discours, & les Volumes des Planches s'éclairent, se corrigent, & se complettent réciproquement.

Notre principal objet étoit de rassembler les découvertes des siecles précédens ; sans avoir négligé cette premiere vue, nous n'exagérerons point en appréciant à plusieurs volumes in-folio ce que nous avons porté de richesses nouvelles au dépôt des connoissances anciennes. Qu'une révolution dont le germe se forme peut-être dans quelque canton ignoré de la terre, ou se couve secretement au centre même des contrées policées, éclate avec le tems, renverse les villes, disperse de nouveau les peuples, & ramene l'ignorance & les ténebres ; s'il se conserve un seul exemplaire entier de cet Ouvrage, tout ne sera pas perdu.

On ne pourra du-moins nous contester, je pense, que notre travail ne soit au niveau de notre siecle, & c'est quelque chose. L'homme le plus éclairé y trouvera des idées qui lui sont inconnues, & des faits qu'il ignore. Puisse l'instruction générale s'avancer d'un pas si rapide que dans vingt ans d'ici il y ait à peine en mille de nos pages une seule ligne qui ne soit populaire ! C'est aux Maîtres du monde à hâter cette heureuse révolution. Ce sont eux qui étendent ou resserrent la sphere des lumieres. Heureux le tems où ils auront tous compris que leur sécurité consiste à commander à des hommes instruits ! Les grands attentats n'ont jamais été commis que par des fanatiques aveuglés. Oserions-nous murmurer de nos peines & regretter nos années de travaux, si nous pouvions nous flatter d'avoir affoibli cet esprit de vertige si contraire au repos des sociétés, & d'avoir amené nos semblables à s'aimer, à se tolérer & à reconnoître enfin la supériorité de la Morale universelle sur toutes les morales particulieres qui inspirent la haine & le trouble, & qui rompent ou relâchent le lien général & commun ?

Tel a été par-tout notre but. Le grand & rare honneur que nos ennemis auront recueilli des obstacles qu'ils nous ont suscités ! L'entreprise qu'ils ont traversée avec tant d'acharnement, s'est achevée. S'il y a quelque chose de bien, ce n'est pas eux qu'on en louera, & peut-être les accusera-t-on de ses défauts. Quoi qu'il en soit, nous les invitons à feuilleter ces derniers volumes. Qu'ils épuisent sur eux toute la sévérité de leur critique, & qu'ils versent sur nous toute l'amertume de leur fiel, nous sommes prêts à pardonner cent injures pour une bonne observation. S'ils reconnoissent qu'ils nous ont vu constamment prosternés devant les deux choses qui font le bonheur des sociétés & les seules qui soient vraiment dignes d'hommages, la Vertu & la Vérité, ils nous trouveront indifférens à toutes leurs imputations.

Quant à nos Collegues, nous les supplions de considérer que les matériaux de ces derniers volumes ont été rassemblés à la hâte & disposés dans le trouble : que l'impression s'en est faite avec une rapidité sans exemple : qu'il étoit impossible à un homme, quel qu'il fût, de conserver en une aussi longue révision, toute la tête qu'exigeoit une infinité de matieres diverses, & la plupart très-abstraites : & que s'il est arrivé que des fautes, même grossieres, aient défiguré leurs articles, ils ne peuvent en être ni offensés ni surpris. Mais pour que la considération dont ils jouissent, & qui doit leur être précieuse, ne se trouve compromise en aucune maniere, nous consentons que tous les défauts de cette édition nous soient imputés sans réserve. Après une déclaration aussi illimitée & aussi précise, si quelques-uns oublioient la nécessité où nous avons été de travailler loin de leurs yeux & de leurs conseils, ce ne pourroit être que l'effet d'un mécontentement que nous ne nous sommes jamais proposé de leur donner, & auquel il nous étoit impossible de nous soustraire. Eh qu'avions-nous de mieux à faire que d'appeller à notre secours tous ceux dont l'amitié & les lumieres nous avoient si bien servis ? N'avons-nous pas été cent fois avertis de notre insuffisance ? Avons-nous refusé de la reconnoître ? Est-il un seul de nos Collegues à qui dans des tems plus heureux nous n'ayons donné toutes les marques possibles de déférence ? Nous accusera-t-on d'avoir ignoré combien leur concours étoit essentiel à la perfection de l'Ouvrage ? Si l'on nous en accuse, c'est une derniere peine qui nous étoit réservée, & à laquelle il faut encore se résigner.

Si l'on ajoute aux années de notre vie qui s'étoient écoulées lorsque nous avons projetté cet Ouvrage, celles que nous avons données à son exécution, on concevra facilement que nous avons plus vécu qu'il ne nous reste à vivre. Mais nous aurons obtenu la récompense que nous attendions de nos Contemporains & de nos neveux, si nous leur faisons dire un jour que nous n'avons pas vécu tout-à-fait inutilement.

* M. Rousseau de Genêve, Auteur de la partie de l'Encyclopédie qui concerne la Musique, & dont nous espérons que le Public sera très-satisfait, a composé un Discours fort éloquent, pour prouver que le rétablissement des Sciences & des Arts a corrompu les moeurs. Ce Discours a été couronné en 1750 par l'Académie de Dijon avec les plus grands éloges ; il a été imprimé à Paris au commencement de cette année 1751, & a fait beaucoup d'honneur à son Auteur.

 
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