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AVERTISSEMENT
Tous
ceux qui ont travaillé à cette Encyclopédie
devant répondre des articles qu'ils ont
revûs ou composés, on a pris le parti
de distinguer les articles de chacun par une lettre
mise à la fin de l'article. Quelques circonstances,
dont il est peu important d'instruire le Public,
ont empêché qu'on ne suivît
dans l'ordre des Lettres l'ordre Encyclopédique
des matieres : mais c'est un léger
inconvénient. Il suffit que l'Auteur de
chaque article soit désigné de maniere
qu'on ne puisse pas s'y tromper.
Les
Articles qui n'ont point de lettres à la
fin, ou qui ont une étoile au commencement,
sont de M. Diderot : les premiers sont ceux
qui lui appartiennent comme étant un des
Auteurs de l'Encyclopédie ; les seconds
sont ceux qu'il a suppléés comme
Editeur.
Voici
maintenant les autres suivant l'ordre alphabétique
des lettres :
M.
Goussier, (D)
M.
l'Abbé de la Chapelle, (E)
On
a oublié (E) à la fin de l'article
Aigu.
M.
Du Marsais, (F)
M.
l'Abbé Mallet, (G)
On
a oublié (G) à la fin d'Acte, &
d'Alcoran.
M.
Toussaint, (H)
M.
Daubenton, (I)
M.
d'Argenville, (K)
M.
Tarin, (L)
On
a mis (L) pour (M) à la fin d'Antimoine,
& (L) pour (I) à la fin d'Abeille.
M.
Malouin, (M)
M.
de Vandenesse, (N)
M.
d'Alembert, (O)
M.
Blondel, (P)
M.
Le Blond, (Q)
M.
Landois, (R)
M.
Rousseau de Genêve, (S)
M.
le Roy, (T)
M.
Eidous, (V)
M.
l'Abbé Yvon, (X)
M.
Louis, (Y)
On
a oublié (Y) à la fin de l'article
Accouchement.
M.
Bellin, (Z)
On
a mis (Z) pour (Q), à l'article Aide de
Camp.
Nous
avons eu soin d'avertir que les articles Aimant
& Aiguille aimantée étoient
en entier de M. le Monnier, Médecin, &
nous avertirons de même de tous ceux qu'il
nous donnera. Nous ferons la même chose
pour M. de Cahusac, dont il n'y a point d'articles
dans ce volume.
N.
B. Lorsque plusieurs articles appartenant à
la même matiere, & par conséquent
faits ou revûs par la même personne,
sont immédiatement consécutifs,
on s'est contenté quelquefois de mettre
la lettre distinctive à la fin du dernier
de ces articles. Ainsi l'article Action ( Belles-Lettres
) & l'article Action en Poësie, sont
censés marqués tous deux de la lettre
( G ), quoiqu'elle ne soit qu'à la fin
du second ; de même la lettre ( F )
mise à la fin d'Adversatif appartient aux
articles précédens Adverbe, Adverbial,
Adverbialement.
*
EXPLICATION DÉTAILLÉE DU SYSTEME
DES CONNOISSANCES HUMAINES.
LES
ETRES PHYSIQUES agissent sur les sens. Les impressions
de ces Etres en excitent les perceptions dans
l'Entendement. L'Entendement ne s'occupe de ses
perceptions que de trois façons, selon
ses trois facultés principales, la Mémoire,
la Raison, l'Imagination. Ou l'Entendement fait
un dénombrement pur & simple de ses
perceptions par la Mémoire ; ou il
les examine, les compare, & les digere par
la Raison ; où il se plaît à
les imiter & à les contrefaire par
l'Imagination. D'où résulte une
distribution générale de la Connoissance
humaine, qui paroît assez bien fondée,
en Histoire, qui se rapporte à la Mémoire
; en Philosophie, qui émane de la Raison
; & en Poësie, qui naît de l'Imagination.
MEMOIRE,
d'où HISTOIRE.
L'HISTOIRE
est des faits ; & les faits sont ou de
Dieu, ou de l'homme, ou de la nature. Les faits
qui sont de Dieu, appartiennent à l'Histoire
Sacrée. Les faits qui sont de l'homme,
appartiennent à l'Histoire Civile ;
& les faits qui sont de la nature, se rapportent
à l'Histoire Naturelle.
HISTOIRE
- I. Sacrée. II. Civile. III. Naturelle.
I.
L'Histoire Sacrée se distribue en Histoire
Sacrée ou Ecclésiastique ;
l'Histoire des Prophéties, où le
récit a précédé l'évenement,
est une branche de l'Histoire Sacrée.
II.
L'Histoire Civile, cette branche de l'Histoire
Universelle, cujus fidei exempla majorum, vicissitudines
rerum, fundamenta prudentiae civilis, hominum
denique nomen & fama commissa sunt, se distribue
suivant ses objets en Histoire Civile proprement
dite, & en Histoire Littéraire.
Les
Sciences sont l'ouvrage de la réflexion
& de la lumiere naturelle des hommes. Le Chancelier
Bacon a donc raison de dire dans son admirable
ouvrage de dignitate & augmento Scientiarum,
que l'Histoire du Monde, sans l'Histoire des Savans,
c'est la statue de Polipheme à qui on a
arraché l'oeil.
L'Histoire
Civile proprement dite, peut se sous-diviser en
Mémoires, en Antiquités, & en
Histoire complette. S'il est vrai que l'Histoire
soit la peinture des tems passés, les Antiquités
en sont des desseins presque toûjours endommagés,
& l'Histoire complette un tableau dont les
Mémoires sont les études.
III.
La distribution de l'Histoire naturelle est donnée
par la différence des faits de la Nature,
& la différence des faits de la Nature,
par la différence des états de la
Nature. Ou la Nature est uniforme & suit un
cours reglé, tel qu'on le remarque généralement
dans les corps célestes, les animaux, les
végétaux, &c. ou elle semble
forcée & dérangée de
son cours ordinaire, comme dans les monstres ;
ou elle est contrainte & pliée à
différens usages, comme dans les Arts.
La Nature fait tout, ou dans son cours ordinaire
& réglé, ou dans ses écarts,
ou dans son emploi. Uniformité de la Nature,
premiere Partie d'Histoire Naturelle. Erreurs
ou Ecarts de la Nature, seconde Partie d'Histoire
Naturelle. Usages de la Nature, troisieme Partie
d'Histoire Naturelle.
Il
est inutile de s'étendre sur les avantages
de l'Histoire de la Nature uniforme. Mais si l'on
nous demande à quoi peut servir l'Histoire
de la Nature monstrueuse, nous répondrons,
à passer des prodiges de ses écarts
aux merveilles de l'Art ; à l'égarer
encore ou à la remettre dans son chemin ;
& sur-tout à corriger la témérité
des Propositions générales, ut axiomatum
corrigatur iniquitas.
Quant
à l'Histoire de la Nature pliée
à différens usages, on en pourroit
faire une branche de l'Histoire Civile ;
car l'Art en général est l'industrie
de l'homme appliquée par ses besoins ou
par son luxe, aux productions de la Nature. Quoi
qu'il en soit, cette application ne se fait qu'en
deux manieres, ou en rapprochant, ou en éloignant
les corps naturels. L'homme peut quelque chose
ou ne peut rien, selon que le rapprochement ou
l'éloignement des corps naturels est ou
n'est pas possible.
L'Histoire
de la Nature uniforme se distribue suivant ses
principaux objets, en Histoire Céleste,
ou des Astres, de leurs mouvemens, apparences
sensibles, &c. sans en expliquer la cause
par des systèmes, des hypothèses,
&c. il ne s'agit ici que des phénomenes
purs. En Histoire des Météores,
comme vents, pluies, tempêtes, tonnerres,
aurores boréales, &c. En Histoire de
la Terre & de la Mer, ou des montagnes, des
fleuves, des rivieres, des courans, du flux &
reflux, des sables, des terres, des forêts,
des îles, des figures, des continens, &c.
En Histoire des Minéraux, en Histoire des
Végétaux, & en Histoire des
Animaux. D'où resulte une Histoire des
Elémens, de la Nature apparente, des effets
sensibles, des mouvemens, &c. du Feu, de l'Air,
de la Terre, & de l'Eau.
L'Histoire
de la Nature monstrueuse doit suivre la même
division. La Nature peut opérer des prodiges
dans les Cieux, dans les régions de l'Air,
sur la surface de la Terre, dans ses entrailles,
au fond des Mers, &c. en tout & par-tout.
L'Histoire
de la Nature employée est aussi étendue
que les différens usages que les hommes
font de ses productions dans les Arts, les Métiers,
& les Manufactures. Il n'y a aucun effet de
l'industrie de l'homme, qu'on ne puisse rappeller
à quelque production de la Nature. On rappellera
au travail & à l'emploi de l'Or &
de l'Argent, les Arts du Monnoyeur, du Batteur-d'Or,
du Fileur-d'Or, du Tireur-d'Or, du Planeur, &c.
au travail & à l'emploi des Pierres
précieuses, les Arts du Lapidaire, du Diamantaire,
du Joaillier, du Graveur en Pierres fines, &c.
au travail & à l'emploi du Fer, les
Grosses-Forges, la Serrurerie, la Taillanderie,
l'Armurerie, l'Arquebuserie, la Coutellerie, &c.
au travail & à l'emploi du Verre, la
Verrerie, les Glaces, l'Art du Miroitier, du Vitrier,
&c. au travail & à l'emploi des
Peaux, les Arts de Chamoiseur, Tanneur, Peaucier,
&c. au travail & à l'emploi de
la Laine & de la Soie, son tirage, son moulinage,
les Arts de Drapiers, Passementiers, Galonniers,
Boutonniers, Ouvriers en velours, Satins, Damas,
étoffes brochées, Lustrines, &c.
au travail & à l'emploi de la Terre,
la Poterie de terre, la Fayence, la Porcelaine,
&c. au travail & à l'emploi de
la Pierre, la partie méchanique de l'Architecte,
du Sculpteur, du Stuccateur, &c. au travail
& à l'emploi des Bois, la Menuiserie,
la Charpenterie, la Marquetterie, la Tabletterie,
&c. & ainsi de toutes les autres matieres,
& de tous les autres Arts, qui sont au nombre
de plus de deux cens cinquante. On a vû
dans le Discours préliminaire comment nous
nous sommes proposé de traiter de chacun.
Voilà
tout l'Historique de la connoissance humaine ;
ce qu'il en faut rapporter à la Mémoire,
& ce qui doit être la matiere premiere
du Philosophe.
RAISON,
d'où PHILOSOPHIE.
LA
PHILOSOPHIE, ou la portion de la connoissance
humaine qu'il faut rapporter à la Raison,
est très-étendue. Il n'est presqu'aucun
objet apperçu par les sens, dont la réflexion
n'ait fait une Science. Mais dans la multitude
de ces objets, il y en a quelques-uns qui se font
remarquer par leur importance, quibus abscinditur
infinitum, & auxquels on peut rapporter toutes
les Sciences. Ces chefs sont Dieu, à la
connoissance duquel l'homme s'est élevé
par la réflexion sur l'Histoire Naturelle
& sur l'Histoire Sacrée : l'Homme
qui est sûr de son existence par conscience
ou sens interne ; la Nature dont l'homme
a appris l'Histoire par l'usage des sens extérieurs.
Dieu, l'Homme, & la Nature, nous fourniront
donc une distribution générale de
la Philosophie ou de la Science (car ces mots
sont synonymes) ; & la Philosophie ou
Science, sera Science de Dieu, Science de l'Homme,
& Science de la Nature.
PHILOSOPHIE
ou SCIENCE. I. Science de Dieu. II. Science de
l'Homme. III. Science de la Nature.
I.
Science de Dieu. Le progrès naturel de
l'esprit humain est de s'élever des individus
aux especes, des especes aux genres, des genres
prochains aux genres éloignés, &
de former à chaque pas une Science ;
ou du moins d'ajoûter une branche nouvelle
à quelque Science déja formée :
ainsi la notion d'une Intelligence incréée,
infinie, &c. que nous rencontrons dans la
Nature, & que l'Histoire sacrée nous
annonce ; & celle d'une Intelligence
créée, finie & unie à
un corps que nous appercevons dans l'homme, &
que nous supposons dans la brute, nous ont conduits
à la notion d'une Intelligence créée,
finie, qui n'auroit point de corps ; &
de-là, à la notion générale
de l'Esprit. De plus les propriétés
générales des Etres, tant spirituels
que corporels, étant l'existence, la possibilité,
la durée, la substance, l'attribut, &c.
on a examiné ces propriétés,
& on en a formé l'Ontologie, ou Science
de l'Etre en général. Nous avons
donc eu dans un ordre renversé, d'abord
l'Ontologie ; ensuite la Science de l'Esprit,
ou la Pneumatologie, ou ce qu'on appelle communément
Métaphysique particuliere : & cette
Science s'est distribuée en Science de
Dieu, ou Théologie naturelle, qu'il a plû
à Dieu de rectifier & de sanctifier
par la Révélation, d'où Religion
& Théologie proprement dite ; d'où
par abus, Superstition. En doctrine des Esprits
bien & malfaisans, ou des Anges & des
Démons ; d'où Divination, &
la chimere de la Magie noire. En Science de l'Ame
qu'on a sous-divisée en Science de l'Ame
raisonnable qui conçoit, & en Science
de l'Ame sensitive, qui se borne aux sensations.
II.
Science de l'Homme. La distribution de la Science
de l'Homme nous est donnée par celle de
ses facultés. Les facultés principales
de l'Homme, sont l'Entendement, & la Volonté
; l'Entendement, qu'il faut diriger à la
Vérité ; la Volonté, qu'il
faut plier à la Vertu. L'un est le but
de la Logique ; l'autre est celui de la Morale.
La Logique peut se distribuer en Art de penser,
en Art de retenir ses pensées, & en
Art de les communiquer.
L'Art
de penser a autant de branches, que l'Entendement
a d'opérations principales. Mais on distingue
dans l'Entendement quatre opérations principales,
l'Appréhension, le Jugement, le Raisonnement,
& la Méthode. On peut rapporter à
l'Appréhension, la Doctrine des Idées
ou Perceptions ; au Jugement, celle des Propositions ;
au Raisonnement & à la Méthode,
celle de l'Induction & de la Démonstration.
Mais dans la Démonstration, où l'on
remonte de la chose à démontrer
aux premiers principes ; ou l'on descend
des premiers principes à la chose à
démontrer : d'où naissent l'Analyse
& la Synthèse.
L'Art
de Retenir a deux branches, la Science de la Mémoire
même, & la Science des supplémens
de la Mémoire. La Mémoire que nous
avons considérée d'abord comme une
faculté purement passive, & que nous
considérons ici comme une puissance active
que la raison peut perfectionner, est ou Naturelle,
ou Artificielle. La Mémoire naturelle est
une affection des organes ; l'Artificielle
consiste dans la Prénotion & dans l'Emblème ;
la Prénotion sans laquelle rien en particulier
n'est présent à l'esprit ;
l'Emblème par lequel l'Imagination est
appellée au secours de la Mémoire.
Les
Représentations artificielles sont le Supplément
de la Mémoire. L'Ecriture est une de ces
représentations : mais on se sert
en écrivant, ou des Caracteres courans,
ou de Caracteres particuliers. On appelle la collection
des premiers, l'Alphabet ; les autres se
nomment Chiffres : d'où naissent les Arts
de lire, d'écrire, de déchiffrer,
& la Science de l'Orthographe.
L'Art
de Transmettre se distribue en Science de l'Instrument
du Discours, & en Science des qualités
du Discours. La Science de l'Instrument du Discours
s'appelle Grammaire. La Science des qualités
du Discours, Rhétorique.
La
Grammaire se distribue en Science des Signes,
de la Prononciation, de la Construction, &
de la Syntaxe. Les Signes sont les sons articulés ;
la Prononciation ou Prosodie, l'Art de les articuler ;
la Syntaxe, l'Art de les appliquer aux différentes
vûes de l'esprit, & la Construction,
la connoissance de l'ordre qu'ils doivent avoir
dans le Discours, fondé sur l'usage &
sur la réflexion. Mais il y a d'autres
Signes de la pensée que les sons articulés ;
savoir le Geste, & les Caracteres. Les Caracteres
sont ou idéaux, ou hiéroglyphiques,
ou héraldiques. Idéaux, tels que
ceux des Indiens qui marquent chacun une idée,
& qu'il faut par conséquent multiplier
autant qu'il y a d'êtres réels. Hiéroglyphiques,
qui sont l'écriture du Monde dans son enfance.
Héraldiques, qui forment ce que nous appellons
la Science du Blason.
C'est
aussi à l'Art de transmettre, qu'il faut
rapporter la Critique, la Paedagogique, &
la Philologie. La Critique, qui restitue dans
les Auteurs les endroits corrompus, donne des
éditions, &c. La Paedagogique, qui
traite du choix des Etudes, & de la maniere
d'enseigner. La Philologie, qui s'occupe de la
connoissance de la Littérature universelle.
C'est
à l'Art d'embellir le Discours, qu'il faut
rapporter la Versification, ou la méchanique
de la Poësie. Nous omettrons la distribution
de la Rhétorique dans ses différentes
parties, parce qu'il n'en découle ni Science,
ni Art, si ce n'est peut-être la Pantomime,
du Geste ; & du Geste & de la Voix,
la Déclamation.
La
Morale, dont nous avons fait la seconde partie
de la Science de l'Homme, est ou générale
ou particuliere. Celle-ci se distribue en Jurisprudence
Naturelle, Oeconomique & Politique. La Jurisprudence
Naturelle est la Science des devoirs de l'Homme
seul ; l'Oeconomique, la Science des devoirs
de l'Homme en famille ; la Politique, celle
des devoirs de l'Homme en société.
Mais la Morale seroit incomplette, si ces Traités
n'étoient précédés
de celui de la réalité du bien &
du mal moral ; de la nécessité
de remplir ses devoirs, d'être bon, juste,
vertueux, &c. c'est l'objet de la Morale générale.
Si l'on considere que les sociétés
ne sont pas moins obligées d'être
vertueuses que les particuliers, on verra naître
les devoirs des sociétés, qu'on
pourroit appeler Jurisprudence naturelle d'une
société ; Oeconomique d'une
société ; Commerce intérieur,
extérieur, de terre & de mer ;
& Politique d'une société.
III.
Science de la Nature. Nous distribuerons la Science
de la Nature en Physique & Mathématique.
Nous tenons encore cette distribution de la réflexion
& de notre penchant à généraliser.
Nous avons pris par les sens la connoissance des
individus réels : Soleil, Lune, Sirius,
&c. Astres ; Air, Feu, Terre, Eau, &c.
Elémens : Pluies, Neiges, Grêles,
Tonnerres, &c. Météores ;
& ainsi du reste de l'Histoire Naturelle.
Nous avons pris en même tems la connoissance
des abstraits, couleur, son, saveur, odeur, densité,
rareté, chaleur, froid, mollesse, dureté,
fluidité, solidité, roideur, élasticité,
pesanteur, légereté, &c. figure,
distance, mouvement, repos, durée, étendue,
quantité, impénétrabilité.
Nous avons vû par la réflexion que
de ces abstraits, les uns convenoient à
tous les individus corporels, comme étendue,
mouvement, impénétrabilité,
&c. Nous en avons fait l'objet de la Physique
générale, ou métaphysique
des corps ; & ces mêmes propriétés
considérées dans chaque individu
en particulier, avec les variétés
qui les distinguent, comme la dureté, le
ressort, la fluidité, &c. font l'objet
de la Physique particuliere.
Une
autre propriété plus générale
des corps, & que supposent toutes les autres,
savoir la quantité, a formé l'objet
des Mathématiques. On appelle quantité
ou grandeur tout ce qui peut être augmenté
& diminué.
La
quantité, objet des Mathématiques,
pouvoit être considérée, ou
seule & indépendamment des individus
réels, & des individus abstraits dont
on en tenoit la connoissance ; ou dans ces
individus réels & abstraits ;
ou dans leurs effets recherchés d'après
des causes réelles ou supposées ;
& cette seconde vûe de la réflexion
a distribué les Mathématiques en
Mathématiques pures, Mathématiques
mixtes, Physico-mathématiques.
La
quantité abstraite, objet des Mathématiques
pures, est ou nombrable, ou étendue. La
quantité abstraite nombrable est devenue
l'objet de l'Arithmétique ; &
la quantité abstraite étendue, celui
de la Géométrie.
L'Arithmétique
se distribue en Arithmétique numérique
ou par Chiffres, & en Algebre ou Arithmétique
universelle par Lettres, qui n'est autre chose
que le calcul des grandeurs en général,
& dont les opérations ne sont proprement
que des opérations arithmétiques
indiquées d'une maniere abrégée :
car, à parler exactement, il n'y a calcul
que de nombres.
L'Algebre
est élémentaire ou infinitésimale,
selon la nature des quantités auxquelles
on l'applique. L'infinitésimale est ou
différentielle ou intégrale :
différentielle, quand il s'agit de descendre
de l'expression d'une quantité finie, ou
considérée comme telle, à
l'expression de son accroissement, ou de sa diminution
instantanée ; intégrale, quand
il s'agit de remonter de cette expression à
la quantité finie même.
La
Géométrie, ou a pour objet primitif
les propriétés du cercle & de
la ligne droite, ou embrasse dans ses spéculations
toutes sortes de courbes : ce qui la distribue
en élémentaire & en transcendante.
Les
Mathématiques mixtes ont autant de divisions
& de sous-divisions, qu'il y a d'êtres
réels dans lesquels la quantité
peut être considérée. La quantité
considérée dans les corps en tant
que mobiles, ou tendans à se mouvoir, est
l'objet de la Méchanique. La Méchanique
a deux branches, la Statique & la Dynamique.
La Statique a pour objet la quantité considérée
dans les corps en équilibre, & tendans
seulement à se mouvoir. La Dynamique a
pour objet la quantité considérée
dans les corps actuellement mûs. La Statique
& la Dynamique ont chacune deux parties. La
Statique se distribue en Statique proprement dite,
qui a pour objet la quantité considérée
dans les corps solides en équilibre, &
tendans seulement à se mouvoir ; &
en Hydrostatique, qui a pour objet la quantité
considérée dans les corps fluides
en équilibre, & tendans seulement à
se mouvoir. La Dynamique se distribue en Dynamique
proprement dite, qui a pour objet la quantité
considérée dans les corps solides
actuellement mûs ; & en Hydrodynamique,
qui a pour objet la quantité considérée
dans les corps fluides actuellement mûs.
Mais si l'on considere la quantité dans
les eaux actuellement mûes, l'Hydrodynamique
prend alors le nom d'Hydraulique. On pourroit
rapporter la Navigation à l'Hydrodynamique,
& la Ballistique ou le jet des Bombes, à
la Méchanique.
La
quantité considérée dans
les mouvemens des Corps Célestes, donne
l'Astronomie géométrique ;
d'où la Cosmographie ou Description de
l'Univers, qui se divise en Uranographie ou Description
du Ciel ; en Hydrographie ou Description
des Eaux ; & en Géographie ;
d'où encore la Chronologie, & la Gnomonique
ou l'Art de construire des Cadrans.
La
quantité considérée dans
la lumiere, donne l'Optique. Et la quantité
considérée dans le mouvement de
la lumiere, les différentes branches d'Optique.
Lumiere mûe en ligne directe, Optique proprement
dite ; lumiere réfléchie dans
un seul & même milieu, Catoptrique ;
lumiere rompue en passant d'un milieu dans un
autre, Dioptrique. C'est à l'Optique qu'il
faut rapporter la Perspective.
La
quantité considérée dans
le son, dans sa véhémence, son mouvement,
ses degrés, ses réflexions, sa vîtesse,
&c. donne l'Acoustique.
La
quantité considérée dans
l'air, sa pesanteur, son mouvement, sa condensation,
raréfaction, &c. donne la Pneumatique.
La
quantité considérée dans
la possibilité des événemens,
donne l'Art de conjecturer, d'où naît
l'Analyse des Jeux de hazard.
L'objet
des Sciences Mathématiques étant
purement intellectuel, il ne faut pas s'étonner
de l'exactitude de ses divisions.
La
Physique particuliere doit suivre la même
distribution que l'Histoire Naturelle. De l'Histoire,
prise par les sens, des Astres, de leurs mouvemens,
apparences sensibles, &c. la réflexion
a passé à la recherche de leur origine,
des causes de leurs phénomenes, &c.
& a produit la Science qu'on appelle Astronomie
physique, à laquelle il faut rapporter
la Science de leurs influences, qu'on nomme Astrologie ;
d'où l'Astrologie physique, & la chimere
de l'Astrologie judiciaire. De l'Histoire prise
par les sens, des vents, des pluies, grêles,
tonnerres, &c. la réflexion a passé
à la recherche de leurs origines, causes,
effets, &c. & a produit la Science qu'on
appelle Météorologie.
De
l'Histoire, prise par les sens, de la Mer, de
la Terre, des fleuves, des rivieres, des montagnes,
des flux & reflux, &c. la réflexion
a passé à la recherche de leurs
causes, origines, &c. & a donné
lieu à la Cosmologie ou Science de l'Univers,
qui se distribue en Uranologie ou Science du Ciel,
en Aerologie ou Science de l'Air, en Géologie
ou Science des Continens, & en Hydrologie
ou Science des Eaux. De l'Histoire des Mines,
prise par les sens, la réflexion a passé
à la recherche de leur formation, travail,
&c. & a donné lieu à la
Science qu'on nomme Minéralogie. De l'Histoire
des Plantes, prise par les sens, la réflexion
a passé à la recherche de leur oeconomie,
propagation, culture, végétation,
&c. & a engendré la Botanique,
dont l'Agriculture & le Jardinage sont deux
branches.
De
l'Histoire des Animaux, prise par les sens, la
réflexion a passé à la recherche
de leur conservation, propagation, usage, organisation,
&c. & a produit la Science qu'on nomme
Zoologie ; d'où sont émanés
la Médecine, la Vétérinaire,
& le Manége ; la Chasse, la Pêche,
& la Fauconnerie ; l'Anatomie simple
& comparée. La Médecine (suivant
la division de Boerhaave) ou s'occupe de l'oeconomie
du corps humain & raisonne son anatomie, d'où
naît la Physiologie : ou s'occupe de
la maniere de le garantir des maladies, &
s'appelle Hygienne : ou considere le corps
malade, & traite des causes, des différences,
& des symptomes des maladies, & s'appelle
Pathologie : ou a pour objet les signes de
la vie, de la santé, & des maladies,
leur diagnostic & prognostic, & prend
le nom de Séméiotique : ou
enseigne l'Art de guérir, & se sous-divise
en Diete, Pharmacie & Chirurgie, les trois
branches de la Thérapeutique.
L'Hygienne
peut se considérer relativement à
la santé du corps, à sa beauté,
& à ses forces ; & se sous-diviser
en Hygienne proprement dite, en Cosmétique,
& en Athlétique. La Cosmétique
donnera l'Orthopédie, ou l'Art de procurer
aux membres une belle conformation ; &
l'Athlétique donnera la Gymnastique ou
l'Art de les exercer.
De
la connoissance expérimentale ou de l'Histoire
prise par les sens, des qualités extérieures,
sensibles, apparentes, &c. des corps naturels,
la réflexion nous a conduit à la
recherche artificielle de leurs propriétés
intérieures & occultes ; &
cet Art s'est appellé Chimie. La Chimie
est imitatrice & rivale de la Nature :
son objet est presque aussi étendu que
celui de la Nature même : ou elle décompose
les Etres ; ou elle les revivifie ;
ou elle les transforme, &c. La Chimie a donné
naissance à l'Alchimie & à la
Magie naturelle. La Métallurgie ou l'Art
de traiter les Métaux en grand, est une
branche importante de la Chimie. On peut encore
rapporter à cet Art la Teinture.
La
Nature a ses écarts, & la raison ses
abus. Nous avons rapporté les monstres
aux écarts de la Nature ; & c'est
à l'abus de la Raison qu'il faut rapporter
toutes les Sciences & tous les Arts, qui ne
montrent que l'avidité, la méchanceté,
la superstition de l'Homme, & qui le deshonorent.
Voilà
tout le Philosophique de la connoissance humaine,
& ce qu'il en faut rapporter à la Raison.
IMAGINATION,
d'où POESIE.
L'HISTOIRE
a pour objet les individus réellement existans,
ou qui ont existé ; & la Poësie,
les individus imaginés à l'imitation
des Etres historiques. Il ne seroit donc pas étonnant
que la Poësie suivît une des distributions
de l'Histoire. Mais les différens genres
de Poësie, & la différence de
ses sujets, nous en offrent deux distributions
très-naturelles. Ou le sujet d'un Poëme
est sacré, ou il est prophane : ou
le Poëte raconte des choses passées,
ou il les rend présentes, en les mettant
en action ; ou il donne du corps à
des Etres abstraits & intellectuels. La premiere
de ces Poësies sera Narrative : la seconde,
Dramatique : la troisieme, Parabolique. Le Poëme
Epique, le Madrigal, l'Epigramme, &c. sont
ordinairement de Poësie narrative. La Tragédie,
la Comédie, l'Opéra, l'Eglogue,
&c. de Poësie dramatique ; & les
Allégories, &c. de Poësie paraboliques.
POESIE.
I. Narrative. II. Dramatique. III. Parabolique.
Nous
n'entendons ici par Poësie que ce qui est
Fiction. Comme il peut y avoir Versification sans
Poësie & Poësie sans Versification,
nous avons crû devoir regarder la Versification
comme une qualité du style, & la renvoyer
à l'Art Oratoire. En revanche, nous rapporterons
l'Architecture, la Musique, la Peinture, la Sculpture,
la Gravure, &c. à la Poësie ;
car il n'est pas moins vrai de dire du Peintre
qu'il est un Poëte, que du Poëte qu'il
est un Peintre ; & du Sculpteur ou Graveur,
qu'il est un Peintre en relief ou en creux, que
du Musicien qu'il est un Peintre par les sons.
Le Poëte, le Musicien, le Peintre, le Sculpteur,
le Graveur, &c. imitent ou contre-font la
Nature : mais l'un emploie le discours ;
l'autre, les couleurs ; le troisieme, le
marbre, l'airain, &c. & le dernier, l'instrument
ou la voix. La Musique est Théorique ou
Pratique ; Instrumentale ou Vocale. A l'égard
de l'Architecte, il n'imite la Nature qu'imparfaitement
par la symétrie de ses Ouvrages. Voyez
le Discours Préliminaire.
La
Poësie a ses monstres comme la Nature ;
il faut mettre de ce nombre toutes les productions
de l'imagination déreglée, &
il peut y avoir de ces productions en tous genres.
Voilà
toute la Partie Poëtique de la Connoissance
humaine ; ce qu'on en peut rapporter à
l'Imagination, & la fin de notre Distribution
Généalogique (ou si l'on veut Mappemonde)
des Sciences & des Arts, que nous craindrions
peut-être d'avoir trop détaillée,
s'il n'étoit de la derniere importance
de bien connoître nous-mêmes, &
d'exposer clairement aux autres, l'objet d'une
Encyclopédie.
*
OBSERVATIONS SUR LA DIVISION DES SCIENCES DU CHANCELIER
BACON.
I.
Nous avons avoüé en plusieurs endroits
du Prospectus, que nous avions l'obligation principale
de notre Arbre encyclopédique au Chancelier
Bacon. L'éloge qu'on a lû de ce grand
homme dans le Prospectus paroît même
avoir contribué à faire connoître
à plusieurs personnes les Ouvrages du Philosophe
Anglois. Ainsi, après un aveu aussi formel,
il ne doit être permis ni de nous accuser
de plagiat, ni de chercher à nous en faire
soupçonner.
II.
Cet aveu n'empêche pas néanmoins
qu'il n'y ait un très-grand nombre de choses,
sur-tout dans la Branche philosophique, que nous
ne devons nullement à Bacon : il est
facile au Lecteur d'en juger. Mais, pour appercevoir
le rapport & la différence des deux
Arbres, il ne faut pas seulement examiner si on
y a parlé des mêmes choses, il faut
voir si la disposition est la même. Tous
les Arbres encyclopédiques se ressemblent
nécessairement par la matiere ; l'ordre
seul & l'arrangement des branches peuvent
les distinguer. On trouve à-peu-près
les mêmes noms des Sciences dans l'Arbre
de Chambers & dans le nôtre. Rien n'est
cependant plus différent.
III.
Il ne s'agit point ici des raisons que nous avons
eues de suivre un autre ordre que Bacon. Nous
en avons exposé quelques-unes ; il
seroit trop long de détailler les autres,
surtout dans une matiere d'où l'arbitraire
ne sauroit être tout-à-fait exclu.
Quoi qu'il en soit, c'est aux Philosophes, c'est-à-dire,
à un très-petit nombre de gens,
à nous juger sur ce point.
IV.
Quelques divisions comme celle des Mathématiques
en pures & en mixtes, qui nous sont communes
avec Bacon, se trouvent par-tout, & sont par
conséquent à tout le monde. Notre
division de la Medecine est de Boerhaave ;
on en a averti dans le Prospectus.
V.
Enfin, comme nous avons fait quelques changemens
à l'Arbre du Prospectus, ceux qui voudront
comparer cet Arbre du Prospectus avec celui de
Bacon, doivent avoir égard à ces
changemens.
VI.
Voilà les principes d'où il faut
partir, pour faire le parallele des deux Arbres
avec un peu d'équité & de Philosophie.
SYSTEME GENERAL DE LA CONNOISSANCE HUMAINE SUIVANT
LE CHANCELIER BACON.
Division
générale de la Science humaine en
Histoire, Poësie & Philosophie, selon
les trois facultés de l'Entendement, Mémoire,
Imagination, Raison.
Bacon observe que cette division peut aussi s'appliquer
à la Théologie. On avoit suivi dans
un endroit du Prospectus cette derniere idée :
mais on l'a abandonnée depuis, parce qu'elle
a paru plus ingénieuse que solide.
I.Division
de l'Histoire, en naturelle & civile.
Histoire
naturelle se divise en Histoire des productions
de la Nature, Histoire des écarts de la
Nature, Histoire des emplois de la Nature ou des
Arts.
Seconde
division de l'Histoire naturelle tirée
de sa fin & de son usage, en Histoire proprement
dite & Histoire raisonnée.
Division
des productions de la Nature, en Histoire des
choses célestes, des météores,
de l'air, de la terre & de la mer, des élémens,
des especes particulieres d'individus.
Division
de l'Histoire civile en ecclésiastique,
en littéraire & en civile proprement
dite.
Premiere
division de l'Histoire civile proprement dite,
en Mémoires, Antiquités, Histoire
complette.
Division
de l'Histoire complette en Chroniques, Vies, &
Relations.
Division
de l'Histoire des tems en générale
& en particuliere.
Autre
division de l'Histoire des tems en Annales &
Journaux.
Seconde
division de l'Histoire civile en pure & en
mixte.
Division
de l'Histoire ecclésiastique en Histoire
ecclésiastique particuliere, Histoire des
Prophéties, qui contient la Prophétie
& l'accomplissement, & Histoire de ce
que Bacon appelle Nemesis, ou la Providence, c'est-à-dire
de l'accord qui se remarque quelquefois entre
la volonté révelée de Dieu,
& sa volonté secrette.
Division
de la partie de l'Histoire qui roule sur les dits
notables des hommes, en Lettres & Apophthegmes.
II.Division
de la Poësie en narrative, dramatique, &
parabolique.
III.Division
générale de la Science en Théologie
sacrée & Philosophie.
Division
de la Philosophie en Science de Dieu, Science
de la Nature, Science de l'Homme.
Philosophie
premiere, ou Science des Axiomes, qui s'étend
à toutes les branches de la Philosophie.
Autre branche de cette Philosophie premiere, qui
traite des qualités transcendantes des
êtres, peu, beaucoup, semblable, différent,
être, non être, &c.
Science des Anges & des esprits, suite de
la Science de Dieu, ou Théologie naturelle.
Division de la Science de la nature, ou Philosophie
naturelle, en spéculative & pratique.
Division de la Science spéculative de la
Nature en Physique particuliere & Métaphysique ;
la premiere ayant pour objet la cause efficiente
& la matiere ; & la Métaphysique,
la cause finale & la forme.
Division
de la Physique en Science des principes des choses,
Science de la formation des choses, ou du monde,
& Science de la variété des
choses.
Division de la Science de la variété
des choses en Science des concrets, & Science
des abstraits.
Division
de la Science des concrets dans les mêmes
branches que l'Histoire naturelle.
Division
de la Science des abstraits en Science des propriétés
particulieres des différens corps, comme
densité, légereté, pesanteur,
élasticité, mollesse, &c. &
Science des mouvemens dont le Chancelier Bacon
fait une énumération assez longue,
conformément aux idées des scholastiques.
Branches
de la Philosophie spéculative, qui consistent
dans les Problèmes naturels, & les
sentimens des anciens Philosophes.
Division
de la Métaphysique en Science des formes
& Science des causes finales.
Division
de la Science pratique de la Nature en Méchanique
& Magie naturelle.
Branches
de la Science pratique de la Nature, qui consistent
dans le dénombrement des richesses humaines,
naturelles ou artificielles, dont les hommes joüissent
& dont ils ont joüi, & le catalogue
des Polychrestes.
Branche
considérable de la Philosophie naturelle,
tant spéculative que pratique, appellée
Mathématiques. Division des Mathématiques
en pures, en mixtes. Division des Mathématiques
pures en Géométrie & Arithmétique.
Division des Mathématiques mixtes en Perspective,
Musique, Astronomie, Cosmographie, Architecture,
Science des machines, & quelques autres.
Division
de la Science de l'homme, en Science de l'homme
proprement dite, & Science civile.
Division
de la Science de l'homme en Science du corps humain,
& Science de l'ame humaine.
Division
de la Science du corps humain en Medecine, Cosmétique,
Athlétique, & Science des plaisirs
des sens. Division de la Medecine en trois parties,
Art de conserver la santé, Art de guérir
les maladies, Art de prolonger la vie. Peinture,
Musique, &c. Branche de la Science des plaisirs.
Division
de la Science de l'ame en Science du souffle divin,
d'où est sortie l'ame raisonnable, &
Science de l'ame irrationnelle, qui nous est commune
avec les brutes, & qui est produite du limon
de la terre.
Autre
division de la Science de l'ame, en Science de
la substance de l'ame, Science de ses facultés,
& Science de l'usage & de l'objet de ces
facultés : de cette derniere résultent
la Divination naturelle & artificielle, &c.
Division
des facultés de l'ame sensible, en mouvement
& sentiment.
Division
de la Science de l'usage, & de l'objet des
facultés de l'ame, en Logique & Morale.
Division
de la Logique en Art d'inventer, de juger, de
retenir, & de communiquer.
Division
de l'Art d'inventer en invention des Sciences
ou des Arts, & invention des Argumens.
Division
de l'Art de juger, en jugement par induction,
& jugement par syllogisme.
Division
de l'Art du syllogisme en Analyse, & principes
pour démêler facilement le vrai du
faux.
Science
de l'Analogie, branche de l'Art de juger.
Division
de l'Art de retenir, en Science de ce qui peut
aider la mémoire, & Science de la mémoire
même.
Division
de la Science de la mémoire, en prénotion
& emblème.
Division
de la Science de communiquer, en Science de l'instrument
du discours, Science de la méthode du discours,
& Science des ornemens du discours, ou Rhétorique.
Division
de la Science de l'instrument du discours, en
Science générale des signes, &
en Grammaire, qui se divise en Science du langage,
& Science de l'écriture.
Division
de la Science des signes, en hyéroglyphes
& gestes, & en caracteres réels.
Seconde division de la Grammaire, en littéraire
& philosophique.
Art
de la Versification & Prosodie, branches de
la Science du langage.
Art
de déchiffrer, branche de l'Art d'écrire.
Critique
& Pédagogie, branches de l'Art de communiquer.
Division
de la Morale en Science de l'objet que l'ame doit
se proposer, c'est-à-dire, du bien moral,
& Science de la culture de l'ame. L'Auteur
fait à ce sujet beaucoup de divisions qu'il
est inutile de rapporter.
Division
de la Science civile, en Science de la conversation,
Science des affaires, & Science de l'Etat.
Nous en omettons les divisions.
L'Auteur
finit par quelques réflexions sur l'usage
de la Théologie sacrée, qu'il ne
divise en aucunes branches.
Voilà
dans son ordre naturel, & sans démembrement
ni mutilation, l'Arbre du Chancelier Bacon. On
voit que l'article de la Logique est celui où
nous l'avons le plus suivi, encore avons-nous
crû devoir y faire plusieurs changemens.
Au reste, nous le répétons, c'est
aux Philosophes à nous juger sur les changemens
que nous avons faits : nos autres Lecteurs
prendront sans doute peu de part à cette
question, qu'il étoit pourtant nécessaire
d'éclaircir ; & ils ne se souviendront
que de l'aveu formel que nous avons fait dans
le Prospectus, d'avoir l'obligation principale
de notre Arbre au Chancelier Bacon ; aveu
qui doit nous concilier tout juge impartial &
desintéressé.
AVERTISSEMENT.
Lorsque
nous commençâmes à nous occuper
de cette Entreprise, la plus vaste peut-être
qu'on ait jamais conçue en Littérature,
nous ne nous attendions qu'aux difficultés
qui naîtroient de l'étendue &
de la variété de son objet ;
mais ce fut une illusion passagere, & nous
ne tardâmes pas à voir la multitude
des obstacles physiques que nous avions pressentis,
s'accroître d'une infinité d'obstacles
moraux auxquels nous n'étions nullement
préparés. Le monde a beau vieillir,
il ne change pas ; il se peut que l'individu
se perfectionne, mais la masse de l'espece ne
devient ni meilleure ni pire ; la somme des
passions malfaisantes reste la même, &
les ennemis de toute chose bonne & utile sont
sans nombre aujourd'hui comme autrefois.
De
toutes les persécutions qu'ont eu à
souffrir dans tous les tems & chez tous les
peuples, ceux qui se sont livrés à
la séduisante & dangereuse émulation
d'inscrire leurs noms dans la liste des bienfaiteurs
du genre humain, il n'en est presqu'aucune qu'on
n'ait exercée contre nous. Ce que l'Histoire
nous a transmis des noirceurs de l'envie, du mensonge,
de l'ignorance, & du fanatisme, nous l'avons
éprouvé. Dans l'espace de vingt
années consécutives, à peine
pouvons-nous compter quelques instans de repos.
Après des journées consumées
dans un travail ingrat & continu, que de nuits
passées dans l'attente des maux que la
méchanceté cherchoit à nous
attirer ! Combien de fois ne nous sommes-nous
pas levés incertains, si cédant
aux cris de la calomnie, nous ne nous arracherions
pas à nos parens, à nos amis, à
nos concitoyens, pour aller sous un ciel étranger
chercher la tranquillité qui nous étoit
nécessaire, & la protection qu'on nous
y offroit ! Mais notre patrie nous étoit
chere, & nous avons toujours attendu que la
prévention fît place à la
justice. Tel est d'ailleurs le caractere de l'homme
qui s'est proposé le bien, & qui s'en
rend à lui-même le témoignage,
que son courage s'irrite des obstacles qu'on lui
oppose, tandis que son innocence lui dérobe
ou lui fait mépriser les périls
qui le menacent. L'homme de bien est susceptible
d'un enthousiasme que le méchant ne connoit
pas.
Le
sentiment honnête & généreux
qui nous a soutenus, nous l'avons aussi rencontré
dans les autres. Tous nos Collegues se sont empressés
à nous seconder ; & c'est lorsque
nos ennemis se félicitoient de nous avoir
accablés, que nous avons vu des hommes
de lettres & des gens du monde qui s'étoient
jusqu'alors contentés de nous encourager
& de nous plaindre, venir à notre secours
& s'associer à nos travaux. Que ne
nous est-il permis de désigner à
la reconnoissance publique tous ces habiles &
courageux auxiliaires ! mais puisqu'il n'en est
qu'un seul que nous ayons la liberté de
nommer, tâchons du-moins de le remercier
dignement. C'est M. le Chevalier de Jaucourt.
Si
nous avons poussé le cri de joie du matelot,
lorsqu'il apperçoit la terre, après
une nuit obscure qui l'a tenu égaré
entre le ciel & les eaux, c'est à M.
le Chevalier de Jaucourt que nous le devons. Que
n'a-t-il pas fait pour nous, sur-tout dans ces
derniers tems ? Avec quelle constance ne
s'est-il pas refusé à des sollicitations
tendres & puissantes qui cherchoient à
nous l'enlever ? Jamais le sacrifice du repos,
de l'intérêt & de la santé
ne s'est fait plus entier & plus absolu. Les
recherches les plus pénibles & les
plus ingrates ne l'ont point rebuté. Il
s'en est occupé sans relâche, satisfait
de lui-même, s'il pouvoit en épargner
aux autres le dégoût. Mais c'est
à chaque feuille de cet Ouvrage à
suppléer ce qui manque à notre éloge ;
il n'en est aucune qui n'atteste & la variété
de ses connoissances & l'étendue de
ses secours.
Le
Public a jugé les sept premiers volumes ;
nous ne demandons pour ceux-ci que la même
indulgence. Si l'on ne veut pas regarder ce Dictionnaire
comme un grand & bel ouvrage, on sera d'accord
avec nous, pourvû qu'on ne nous envie pas
jusqu'à l'avantage d'en avoir préparé
les matériaux. Du point d'où nous
sommes partis jusqu'au point où nous sommes
arrivés, l'intervalle étoit immense ;
& pour atteindre le but que nous avons eu
la hardiesse ou la témérité
de nous proposer, peut-être ne nous a-t-il
manqué que de trouver la chose où
nous la laissons, & d'avoir eu à commencer
où nous avons fini. Graces à nos
travaux, ceux qui viendront après nous,
pourront aller plus loin. Sans prononcer sur ce
qu'ils auront encore à faire, nous leur
transmettrons du-moins le plus beau recueil d'instrumens
& de machines qui ait existé, avec
les Planches relatives aux arts méchaniques
*, la description la plus complette qu'on en ait
encore donnée, & sur toutes les sciences
une infinité de morceaux précieux.
O nos Compatriotes & nos Contemporains, avec
quelque sévérité que vous
jugiez cet Ouvrage, rappellez-vous qu'il a été
entrepris, continué, achevé par
un petit nombre d'hommes isolés, traversés
dans leurs vues, montrés sous les aspects
les plus odieux, calomniés & outragés
de la maniere la plus atroce, n'ayant d'autre
encouragement que l'amour du bien, d'autre appui
que quelques suffrages, d'autres secours que ceux
qu'ils ont trouvés dans la confiance de
trois ou quatre commerçans.
*
Nous prévenons ici qu'on a suppléé
des détails importans à la plûpart
de ces arts, par des explications très-étendues
& très-instructives qu'on trouvera
au Recueil des Planches, à la tête
de celles qui les concernent ; & que
quant à d'autres arts, que la célérité
de l'édition n'a pas permis de placer selon
leur ordre alphabétique, on en a renvoyé
la description entiere soit à la fin du
dix-septieme Volume de Discours, soit au Recueil
même des Planches ; en sorte que les
Volumes de Discours, & les Volumes des Planches
s'éclairent, se corrigent, & se complettent
réciproquement.
Notre
principal objet étoit de rassembler les
découvertes des siecles précédens ;
sans avoir négligé cette premiere
vue, nous n'exagérerons point en appréciant
à plusieurs volumes in-folio ce que nous
avons porté de richesses nouvelles au dépôt
des connoissances anciennes. Qu'une révolution
dont le germe se forme peut-être dans quelque
canton ignoré de la terre, ou se couve
secretement au centre même des contrées
policées, éclate avec le tems, renverse
les villes, disperse de nouveau les peuples, &
ramene l'ignorance & les ténebres ;
s'il se conserve un seul exemplaire entier de
cet Ouvrage, tout ne sera pas perdu.
On
ne pourra du-moins nous contester, je pense, que
notre travail ne soit au niveau de notre siecle,
& c'est quelque chose. L'homme le plus éclairé
y trouvera des idées qui lui sont inconnues,
& des faits qu'il ignore. Puisse l'instruction
générale s'avancer d'un pas si rapide
que dans vingt ans d'ici il y ait à peine
en mille de nos pages une seule ligne qui ne soit
populaire ! C'est aux Maîtres du monde à
hâter cette heureuse révolution.
Ce sont eux qui étendent ou resserrent
la sphere des lumieres. Heureux le tems où
ils auront tous compris que leur sécurité
consiste à commander à des hommes
instruits ! Les grands attentats n'ont jamais
été commis que par des fanatiques
aveuglés. Oserions-nous murmurer de nos
peines & regretter nos années de travaux,
si nous pouvions nous flatter d'avoir affoibli
cet esprit de vertige si contraire au repos des
sociétés, & d'avoir amené
nos semblables à s'aimer, à se tolérer
& à reconnoître enfin la supériorité
de la Morale universelle sur toutes les morales
particulieres qui inspirent la haine & le
trouble, & qui rompent ou relâchent
le lien général & commun ?
Tel
a été par-tout notre but. Le grand
& rare honneur que nos ennemis auront recueilli
des obstacles qu'ils nous ont suscités
! L'entreprise qu'ils ont traversée avec
tant d'acharnement, s'est achevée. S'il
y a quelque chose de bien, ce n'est pas eux qu'on
en louera, & peut-être les accusera-t-on
de ses défauts. Quoi qu'il en soit, nous
les invitons à feuilleter ces derniers
volumes. Qu'ils épuisent sur eux toute
la sévérité de leur critique,
& qu'ils versent sur nous toute l'amertume
de leur fiel, nous sommes prêts à
pardonner cent injures pour une bonne observation.
S'ils reconnoissent qu'ils nous ont vu constamment
prosternés devant les deux choses qui font
le bonheur des sociétés & les
seules qui soient vraiment dignes d'hommages,
la Vertu & la Vérité, ils nous
trouveront indifférens à toutes
leurs imputations.
Quant
à nos Collegues, nous les supplions de
considérer que les matériaux de
ces derniers volumes ont été rassemblés
à la hâte & disposés dans
le trouble : que l'impression s'en est faite
avec une rapidité sans exemple : qu'il
étoit impossible à un homme, quel
qu'il fût, de conserver en une aussi longue
révision, toute la tête qu'exigeoit
une infinité de matieres diverses, &
la plupart très-abstraites : &
que s'il est arrivé que des fautes, même
grossieres, aient défiguré leurs
articles, ils ne peuvent en être ni offensés
ni surpris. Mais pour que la considération
dont ils jouissent, & qui doit leur être
précieuse, ne se trouve compromise en aucune
maniere, nous consentons que tous les défauts
de cette édition nous soient imputés
sans réserve. Après une déclaration
aussi illimitée & aussi précise,
si quelques-uns oublioient la nécessité
où nous avons été de travailler
loin de leurs yeux & de leurs conseils, ce
ne pourroit être que l'effet d'un mécontentement
que nous ne nous sommes jamais proposé
de leur donner, & auquel il nous étoit
impossible de nous soustraire. Eh qu'avions-nous
de mieux à faire que d'appeller à
notre secours tous ceux dont l'amitié &
les lumieres nous avoient si bien servis ?
N'avons-nous pas été cent fois avertis
de notre insuffisance ? Avons-nous refusé
de la reconnoître ? Est-il un seul
de nos Collegues à qui dans des tems plus
heureux nous n'ayons donné toutes les marques
possibles de déférence ? Nous
accusera-t-on d'avoir ignoré combien leur
concours étoit essentiel à la perfection
de l'Ouvrage ? Si l'on nous en accuse, c'est
une derniere peine qui nous étoit réservée,
& à laquelle il faut encore se résigner.
Si
l'on ajoute aux années de notre vie qui
s'étoient écoulées lorsque
nous avons projetté cet Ouvrage, celles
que nous avons données à son exécution,
on concevra facilement que nous avons plus vécu
qu'il ne nous reste à vivre. Mais nous
aurons obtenu la récompense que nous attendions
de nos Contemporains & de nos neveux, si nous
leur faisons dire un jour que nous n'avons pas
vécu tout-à-fait inutilement.
*
M. Rousseau de Genêve, Auteur de la partie
de l'Encyclopédie qui concerne la Musique,
& dont nous espérons que le Public
sera très-satisfait, a composé un
Discours fort éloquent, pour prouver que
le rétablissement des Sciences & des
Arts a corrompu les moeurs. Ce Discours a été
couronné en 1750 par l'Académie
de Dijon avec les plus grands éloges ;
il a été imprimé à
Paris au commencement de cette année 1751,
& a fait beaucoup d'honneur à son Auteur.
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