L'Atelier historique de la langue française
le Grand Atelier historique de la langue française

Préfaces des dictionnaires de l'Atelier historique de la langue française

Le Littré | La Curne de Ste Palaye | Dictionnaire universel de Furetière | Dictionnaire philosophique de Voltaire | Dictionnaire des synonymes de Guizot | Curiosités françoises de Oudin | Dictionnaire de l'Académie française - édition 1762

et 7 dictionnaires supplémentaires composant
le Grand Atelier historique de la langue française

Le dictionnaire de Jean Nicot | Dictionnaire français contenant les mots et les choses de Richelet | Le Thomas Corneille | Dictionnaire étymologique de Gilles Ménage | Dictionnaire grammatical portatif de la langue française de l'Abbé Féraud | Dictionaire [sic] critique de l'Abbé Féraud | Dictionnaire universel de Trévoux

DICTIONNAIRE FRANÇOIS DE PIERRE RICHELET

 

DICTIONNAIRE FRANCOIS, CONTENANT LES MOTS ET LES CHOSES, PLUSIEURS NOUVELLES REMARQUES SUR LA LANGUE FRANÇOISE :

Ses Expressions Propres, Figurées & Burlesques, la Prononciation des Mots les plus difficiles, le Genre des Noms, le Regime des Verbes :
Avec Les Termes les plus connus des Arts & des Sciences LE TOUT TIRE DE L'USAGE ET DES BONS AUTEURS DE LA LANGUE FRANCOISE. PAR P. RICHELET.

A GENEVE, Chez JEAN HERMAN WIDERHOLD.
M. DC. LXXX.

AVEC PERMISSION
A TRES-HAUT, TRES-PUISSANT ET TRES-EXCELLENT
PRINCE, FERDINAND, EVESQUE DE MUNSTER ET DE PADERBORN, BURGGRAFF DE STROMBERG Prince du Saint Empire, Comte de Pirmont, Seigneur de Borkeloh, &c.

MONSEIGNEUR,
L'inclination que VOTRE ALTESSE SERENISSIME a pour la France, me fait croire que la Langue Françoise ne lui est peut être pas indiferente. C'est aujourd'hui l'amour des Nations les plus polies ; & elle dispute de la beauté avec toutes les langues mortes. I'ose, MONSEIGNEVR, dans cette creance, me flater que VOTRE ALTESSE SERENISSIME ne trouvera pas mauvais la liberté que je prens de lui dédier un Dictionnaire tiré de nos plus excellens Auteurs.

A qui peut-on MONSEIGNEVR, avec plus de justice, consacrer ses veilles qu'à un PRINCE, pour qui toute l'Europe intelligente a de l'admiration ? & qui n'admireroit pas la grandeur de Vôtre Esprit, la solidité de Votre jugement, la hauteur de Vos connoissances, Votre pénétration dans les choses les plus dificiles, l'étenduë de Vos lumieres dans les tenebres de l'ancienne Histoire, & tous ces rares avantages qui porteront la gloire de Votre Nom jusqu'à la derniere posterité. Le Livre immortel qui a pour tître, MONUMENTA PADERBORNENSIA, est une preuve éclatante de la profonde érudition de VOTRE ALTESSE SERENISSIME. Que cet ouvrage est écrit d'une maniere fine, & elegante ! Les honnêtes gens qui sous l'Empire d'Auguste expliquoient leurs pensées en prose, ne les exprimoient ni avec plus d'art, ni avec un plus beau tour. Mais, MONSEIGNEUR, que dirai-je de vôtre genie, quand vous marchez sur les pas d'Horace & de Virgile en cette admirable Langue des anciens Romains ? les Muses ne regardoient point leurs plus chers favoris avec plus d'amour, & la Divinité qui preside à ces divines Filles de memoire n'inspira jamais plus heureusement aucun Héros du Parnasse. Vous regnez, MONSEIGNEUR, sur cette sacrée. montagne en genereux Souverain. Aussi les Poëtes, les Orateurs, & tout le Monde savant publie avec joie les grandes & les rares qualitez de Vôtre ALTESSE SERENISSIME. Tout retentit du bruit de son éminente Vertu, de sa sincere pieté, de son ardente aplication à faire une sainte guerre au vice, & à l'erreur, & de son incomparable bonté pour ses sujets. Ce seroit ici le lieu, MONSEIGNEUR, de mettre en son jour cette noble & sage passion que vous avez pour leur repos ; & qui est si digne d'un Prince qui suit les glorieuses traces de Jesus-Christ. Mais je nai pas dessein de renfermer dans une lettre toutes les merveilles de vôtre vie ; trop-heureux si je pouvois seulement ajoûter une petite voix au doux concert de vos loüanges, & vous persuader par ces foibles marques de mon zéle, que je suis avec une profonde vénération,

MONSEIGNEUR,
DE VOTRE ALTESSE SERENISSIME,
Le tres-humble, tres-obéissant, & tres-fidelle serviteur, RICHELET.

 

AVERTISSEMENT.

J'AI fait un Dictionnaire François afin de rendre quelque service aux honnêtes gens qui aiment notre Langue. Pour cela j'ai lu nos plus excellens Auteurs, & tous ceux qui ont écrit des Arts avec réputation. J'ai composé mon livre de leurs mots les plus-reçus, aussi-bien que de leurs expressions les plus-belles. Je marque les diferens endroits d'où je prens ces mots, & ces expressions à moins que les termes & les manieres de parler que j'emploie ne soient si fort en usage qu'on n'en doute point.
En faveur des Etrangers, on a ajouté aux mots, & aux phrases des bons Ecrivains le genre de chaque nom avec la terminaison féminine des adjectifs, & l'on en a donné des exemples. On a expliqué les diverses significations d'un même mot, découvert le sens des dictions dificiles, ou équivoques, mis le régime des verbes, & des adjectifs, & même quand les verbes sont irreguliers, ou mal-aisez à conjuguer, on en a marqué la prémiere personne du présent, du preterit, du futur, & de l'imperatif.
Pour rendre l'ouvrage encore plus-utile, on y fait entrer les termes ordinaires des Arts, & presque toutes les remarques qui jusques ici ont été faites sur la Langue. On montre le diférent usage des mots, leur aplication dans les divers stiles, & la maniere dont on les doit prononcer lorsqu'ils ne se prononcent pas comme ils s'écrivent.
A l'égard de chaque mot, on a observé cét ordre. On a commencé par le sens propre avec les façons de parler qui se raportent à ce sens. On y a joint le figuré avec ses phrases. On a accompagné cela de quelques proverbes, au cas que sur le mot il y en ait eu de raisonnables, & on a marqué si le mot est un terme d'art, s'il est vrai qu'il en soit un.

Touchant l'Ortographe, on a gardé un milieu entre l'ancienne, & celle qui est tout à fait moderne, & qui défigure la Langue. On a seulement retranché de plusieurs mots les lettres qui ne rendent pas les mots méconnoissables quand elles en sont otées, & qui ne se prononçant point, embarassent les Etrangers, & la plu-part des Provinciaux. On a écrit avocat, batistere, batême, colére, mélancolie, plu, reçu, revuë, tisanne, tresor, & non pas advocat, baptistere, baptême, cholere, melancholie, pleu, reccu, reveue, ptisane, thresor.

Dans la même vuë on retranche l's qui se trouve apres un e clair ; & qui ne se prononce point, & on met un accent aigu sur l'e clair qui accompagnoit cette s : si bien que présentement on écrit dédain, détruire, répondre, & non pas desdain, destruire, respondre.

On retranche aussi l's qui fait la silabe longue, & qui ne se prononce point, soit que cette s, se rencontre avec un e ouvert, ou avec quelque autre lettre, & on marque cet e ou cette autre lettre d'un circonflexe qui montre que la silabe est longue. On écrit Apôtre, jeûne, tempête, & non pas Apostre, jeusne, tempeste. Cette derniere façon d'ortographier est contestée. Neanmoins, parce qu'elle empêche qu'on ne se trompe à la prononciation, & qu'elle est autorisée par d'habiles gens, j'ai trouvé à propos de la suivre si ce n'est à l'égard de certains mots qui sont si nuds lorsqu'on en a oté quelque lettre qu'on ne les reconnoit pas.

A l'imitation de l'illustre Monsieur d'Ablancourt, Preface de Tucidide, Apophtegmes des Anciens, Marmol, &c. & de quelques Auteurs celébres, on change presque toujours l'y grec en i simple. On retranche la plu-part des lettres doubles & inutiles qui ne défigurent pas les mots, lorsqu'elles en sont retranchées. On écrit afaire, ataquer, ateindre, dificulté, & non pas affaire attaquer, difficulté, &c.

Chacun se conduira là dessus comme il le trouvera à propos. Je ne prétens prescrire de loix à personne. Je raporte seulement ce que j'ai vû pratiquer par d'habiles gens, & ce que j'ai appris de feu Monsieur d'Ablancourt l'un des plus excellens Esprits & des meilleurs Ecrivains de son siécle. Comme il me faisoit l'honneur de m'aimer avec tendresse, il m'a découvert une partie des misteres de nôtre Langue, & dans la créance où il étoit que j'avois profité des heureux momens de son entretien, il me confirma à sa mort son affection par l'ordre qu'il me donna de revoir ses derniers ouvrages. J'ai aussi tiré pour mon travail beaucoup de lumieres du judicieux Monsieur Patru qui sait à fonds ce que nôtre Langue a de plus fin, & de plus délicat, & qui dans l'éloquence du Barreau a trouvé une route nouvelle & pleine de charmes. Il m'a éclairci mes doutes avec une bonté singuliere, & c'est par ses avis que j'ai rendu mon travail plus suportable. Mais parce que dans un ouvrage lassant & long, l'esprit s'abat & s'endort quelquefois, il est presque impossible qu'il ne s'y soit glissé des fautes.

Un homme seul ne sauroit tout voir. Un Dictionnaire est l'Ouvrage de tout le Monde. Il ne se peut mêmes faire que peu à peu, & qu'avec bien du tems. Des personnes illustres dans les lettres travaillent depuis prés de 43 ans à un Ouvrage de cette nature, & toutefois ils n'en sont pas encore venus à bout. En attendant que leur travail paroisse, & vienne heureusement remplir les voeux du public, on met en lumiere ce Dictionnaire qui est une espece d'aventurier qu'on rendra plus digne de voir le jour si les honnêtes gens qui sont éclairez nous font la grace de marquer les choses en quoi on leur aura pû éplaire. On corrigera, on retranchera, on ajoûtera ce qu'ils trouveront à propos. Le public leur sera obligé, & on les remerciera des bontés qu'ils auront euës.

Au reste, si dans le corps du Dictionnaire, il se rencontre quelque chose dont on ne soit pas satisfait, on n'aura qu'à consulter les Remarques qui sont à la fin de chaque partie de l'Ouvrage. On y trouvera peut être ce qu'on cherche. J'y ay ajoûté quelques mots qu'on ne pouvoit raisonnablement oublier, & j'ai retouché quelques endroits qui ne m'ont pas semblé assez exacts, ni assez étendus. Trop heureux si la peine qu'on a prise peut être utile & agreable aux honnêtes gens.

Explication des marques qu'on a mises aux mots, & des accens dont on les a marquez.

L'Étoile * qu'on met à côté d'un mot, ou d'une phrase montre que le mot, ou la phrase sont au figuré, & lorsqu'il n'y a nule marque au côté du mot, ou de la phrase, c'est à dire que le mot, ou la phrase sont dans le sens propre.
La croix + qui est vis à vis du mot, ou de la façon de parler veut dire que le mot ou la façon de parler n'ont proprement leur usage que dans le stile simple, dans le comique, le burlesque, ou le satirique. Mais lors qu'on trouve à côté du mot, ou de la phrase une étoile & une croix, ou une croix & une étoile, * +, ou + *, cela signifie que le mot ou la façon de parler se prennent figurément, mais qu'ils n'ont cours que dans le stile le plus simple, comme dans les vaudevilles, les rondeaux, les épigrammes, & les ouvrages comiques.
L'accent circonflexe ^ montre que la silabe sur laquelle il est, se doit prononcer longue.
L'accent grave ` marque qu'en prononçant la silabe sur laquelle il se rencontre, on abaisse un peu la voix.
L'accent aigu ' se met d'ordinaire sur l'é masculin final, ou sur l'e clair qui étoit joint avec une s qu'on a retranchée.
Lorsque l'e n'a point d'accent c'est pour l'ordinaire une marque qu'il est obscur & qu'on ne le doit faire sentir que foiblement dans la prononciation. Ainsi peloton se prononce comme s'il étoit écrit peuloton.

Les ennemis pensant nous tailler des croupieres
Firent deux pelotons de leurs gens à cheval.

Moliere, Amphitrion. Acte 1. s. 1.

Force gens supriment tout à fait cet e obscur lorsqu'ils parlent, ou qu'ils lisent, mais les hommes savans dans la Langue condannent cette prononciation, & sur tout lorsqu'on lit de la poësie,


Chi non hà di farfalla
Over d'oca il cervello, o d'assivolo,
Vedra ch'io dico il vero.

 

 

Fautes survenuës dans l'impression des Remarques.

ANATE. Dans l'explication de ce mot lisez, ils ont abrogé les anates. Archidiacre. Dans l'explication de ce mot lisez, Chorevêque.Bachette. Lisez, Bachelette.
Ban. Dans l'explication de ce mot lisez, mais on ne donne cette dispense. Et un peu plus-bas, lisez, érudition.
Basse contre. Ce mot est masculin pour dire le musicien qui fait la basse-contre. Un basse contre à potier plut si fort que. Voiez Paralleles historiques de Cassandre.
Charité. Sur l'explication de ce mot, page 20. lisez, on ne reçoit que de pauvres garçons & de pauvres filles.
Engein. Lisez, prononcez anjain.
Exarque. Dans l'explication de ce mot lisez, c'étoit une sorte de Gouverneur.
Flans. Terme de Monoie. Ecrivez flaons.
Gradué. Dans l'explication de ce mot lisez, & fait les autres choses. Et un peu plus-bas, lisez, ont droit de nommer.
Hemorroides. Dans l'explication de ce mot mettez un point aprés craindre & lisez, etre tourmenté des hemorroides.
Heraut. Dans l'explication de ce mot lisez, aprés leur Roi.
Nigromancie. Dans l'explication de ce mot lisez, quand il faut imiter un grand homme.
Verdis. Terme d'Enlumineur. Lisez, verd.
Ure. Terme de Palais. Lisez, vüe.
A uride. Lisez, à vuide.

 

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